Oscars 2021: une année pas si maudite?

Covid. 5 lettres qu’on n’en peut plus d’assembler pour mettre un nom sur le mal qui frappe notre planète depuis plus d’un an. Toutes nos vies se sont vues bouleversées par la pandémie au point de perturber jusqu’à notre liberté de circuler ou nos gestes d’affection. Si cela peut sembler totalement dérisoire en comparaison de la douleur des familles endeuillées, le monde du cinéma traverse lui aussi une passe difficile: reports de tournages et de sorties en pagaille, films sacrifiés au bout de quelques jours d’exploitation, gérants de salles au bord du gouffre… Notre hobby favori est chahuté et la grande cérémonie annuelle des Oscars en est la preuve. Reportée de plusieurs mois, notre nuit blanche préférée de l’année a bien failli ne jamais se dérouler et ce sont avec des précautions exceptionnelles que la fête aura finalement lieu. Mais depuis l’annonce des nommés, une sorte de malaise s’installe alors que certains déplorent la qualité supposée de la sélection. Les Réfracteurs mettent un stop à cette idée reçue: s’il y a bien une chose que le Covid nous a forcé à faire, c’est à devenir curieux et à s’ouvrir aux “autres cinémas”. Les Oscars 2021 sont tout simplement à l’image de cette nécessité: oui, il manque sans doute un “grand film” à ce panel mais pourtant, le niveau moyen nous semble plutôt bon, il suffit juste de s’écarter un peu des grands noms pour trouver de petites pépites marquantes à l’ombre des géants.

En préambule, rappelons une loi fondamentale des Oscars, et ce chaque année: votre meilleur film de l’année n’est pas toujours sélectionné et encore moins récompensé, subjectivité oblige. Lorsque vos Réfracteurs évoquent entre eux leur film favori de l’année, sont mentionnés: “Dans un jardin qu’on dirait éternel” pour Yamaneko, “Adieu les cons” pour Oracle, et “Never Rarely Sometimes Always” pour votre serviteur du jour . Résultat: 0 nominations. Si on ne s’étonne pas spécialement de cette absence pour les films japonais et français (qui n’étaient de toute façon pas choisis par leurs pays respectifs), c’est avec une certaine déception que nous avons accueilli l’absence de “Never Rarely Sometimes Always” pourtant récompensé ailleurs. Quoi qu’il arrive, les Oscars restent un moment léger qu’il ne faut pas ériger en dogme absolu: des dizaines d’excellents longs métrages sont sortis même en cette année exceptionnelle et élargir son champ de vision devient une gymnastique agréable.

Mais alors, quelles sont les forces en présence? Avec ses 10 nominations, c’est “Mank” qui sera le plus représenté. On sait pertinemment qu’Hollywood aime se regarder le nombril et la pellicule de David Fincher offre une occasion en or au cinéma américain de s’admirer et de refaire son Histoire. Malheureusement, le film est lourd de défauts, dont notamment un manque de structure évident. Être en tête des nominations ne signifie pourtant pas être favori pour la récompense suprême. Si on imagine bien les votants récompenser “Mank” sur certains aspects, notamment la photo même si nous ne sommes pas forcément du même avis, c’est bel et bien “Nomadland” de Chloé Zhao qui endosse le rôle de favori pour le meilleur film et aussi pour la réalisation, une catégorie dans laquelle la cinéaste fait quasiment le grand chelem des awards et devrait confirmer ce soir même si on milite fort de notre côté, sans trop y croire, pour que Thomas Vinterberg soit récompensé pour « Drunk« .

Ironiquement, loin de ces deux mastodontes de la nuit, ce sont plutôt les autres longs métrages présents dans la catégorie meilleur film qui nous ont le plus séduits. “Judas and the Black Messiah” et le poids de son histoire nous a frappés, “The Father” du français (COCORICO!) Florian Zeller a su nous émouvoir et on ne s’étonnerait pas de le voir repartir avec le meilleur montage, “Minari” et son ambiance singulière, douce et planante nous a transporté et le sublime “Sound of Metal” et son traitement sonore en véritable élément essentiel de la narration a suscité une vive émotion chez nous. Il serait d’ailleurs presque scandaleux de ne pas voir le film de Darius Marder repartir avec les Oscars relatifs au son tant le travail de Nicolas Becker (COCORICO AGAIN!) est stupéfiant. On émettra beaucoup plus de réserves concernant “Les sept de Chicago”, trop classique et “Promising Young Woman” dont la forme nous a paru étrangement légère en opposition à son histoire sombre: un choix de réalisation justifiable mais qui partage l’opinion.

2021 s’impose également comme un bon cru en ce qui concerne le travail des acteurs. Si Chadwick Boseman semblait jusqu’ici faire la course en tête, les derniers awards ont cassé cette hégémonie. L’émotion est toujours vive suite au décès de l’acteur mais sa performance justifie amplement son palmarès, on ne peut pas parler de votes de sympathie purs. Toutefois, Anthony Hopkins, bouleversant dans “The Father” alors qu’il ne figure pas dans notre Panthéon habituellement et Riz Ahmed totalement investi pour “Sound of Metal” auront leur mot à dire. Une catégorie tellement chargée que Daniel Kaluuya et Lakeith Stanfield se retrouvent nommés en tant que seconds rôles alors qu’ils portent “Judas and the Black Messiah”. Daniel Kaluuya est d’ailleurs le grand favori et on partage volontiers cette opinion.

Concernant ces dames, l’année semble avoir été plus chaotique: pas franchement de prestation exceptionnelle, sauf peut-être celle de Frances McDormand dans “Nomadland”. Carey Mulligan et Vanessa Kirby pourraient jouer les trouble-fête mais on n’a pas franchement été scotché par leurs performances. Côté second rôle, c’est encore pire puisqu’on voit Glenn Close être nommée à la fois aux Oscars et aux Razzies pour le même personnage un poil ridicule dans “Une ode américaine”! Favorite des bookmakers et de vos Réfracteurs, Yuh-Jung Youn semble intouchable.

Mais comme on vous le disait, c’est peut-être dans les catégories les plus confidentielles que se cachent les joyaux, à commencer par l’excellente sélection de films en langue étrangère. La statuette est promise à “Drunk”, soit, on est du même avis, mais ne délaissons pas pour autant les autres nommés: en mettant de côté “Better Days” qui nous semble un cran en dessous de ses adversaires et qui est aussi présent pour récompenser le courage de son réalisateur face aux tabous de son pays, les trois autres films sélectionnés peuvent garder la tête haute. “L’homme qui a vendu sa peau” offre un angle d’attaque totalement original sur les dilemmes des migrants, “Quo Vadis, Aida?” est tout simplement bouleversant de sincérité et “Collective” est un documentaire totalement édifiant sur un scandale sanitaire révoltant en Roumanie. Un film suffisamment marquant pour figurer aussi dans les meilleurs documentaires avec une vraie chance de succès. Il faudra quand même faire face à “Crip Camp” coproduit par le couple Obama.

Côté films d’animation, là aussi, un boulevard semble tout tracé pour “Soul” qui aurait parfaitement pu figurer parmi les meilleurs films. Toutefois, “Shaun le mouton: la ferme contre-attaque” vaut le détour et remporte l’adhésion de Tsuyu, notre jeune Réfractrice. L’univers créé par Nick Park fonctionne toujours aussi bien sur nos enfants et sur nous, dans un partage d’éclats de rire communicatifs. On regrettera la place encore restreinte de l’animation traditionnelle dans la sélection et récompensée une seule fois depuis la création de ce prix.

Puis il y a les autres, plus discrets encore, et pourtant diablement intéressants. Loin de l’image de la bouffonade qu’on pourrait s’en faire, “Borat 2” invite également à prendre du recul sur la situation politique américaine. L’identité des USA sera d’ailleurs un fil rouge de la cérémonie, avec “Judas and the Black Messiah”, le séduisant “One Night in Miami” ou même les plus décevants “La mission” et “Les sept de Chicago”. Parmi les invisibles, on pense aussi à “Greyhound” qui offre une bonne dose de grand spectacle plutôt fin, ou encore “Da 5 Bloods”, étrangement relégués à des prix mineurs.

On pestera quand même devant quelques choix franchement discutables de l’académie. La catégorie effet spéciaux par exemple a un relent d’amateurisme en proposant plusieurs films aux écrans verts bien baveux. Seul “Tenet” fait bonne figure et c’est d’ailleurs le seul aspect du long métrage qui reste inattaquable. Mais ce qui nous a le plus fichu la nausée, c’est de voir “Mulan” représenté. Faisons fi des alliances politiques douteuse de Disney ou du gigantesque doigt d’honneur fait aux salles de cinéma alors que le film finira diffusé uniquement sur Disney+ pour constater qu’on tente de féliciter ce petit navet pour des effets spéciaux foireux et des costumes qui sentent bon le plastoc auquel Mickey nous habitue depuis quelques années.

Alors en bref, soyez curieux, ouverts, acceptez que cette année est un peu plus humble et intime que d’habitude et que le grand spectacle reviendra bientôt pour vous attarder sur les quelques très bons films qui parsèment ces Oscars 2021. Peu de chef-d’œuvres mais tant de belles découvertes pourtant! Et rendez-vous cette nuit sur Twitter pour suivre la cérémonie ensemble, grâce aux tweets frénétiques de notre douce Oracle.

Retrouvez en vert des liens vers les critiques disponibles sur le site.

Spike

Retrouvez moi sur Twitter: @RefracteursSpik

Laisser un commentaire