The Tomorrow War

2021

Réalisé par: Chris McKay

Avec: Chris Pratt, Yvonne Strahovski, J.K. Simmons

Quelques semaines seulement après avoir offert au public le très moyen “Sans aucun remords”, Amazon Prime Video revient sur le devant de la scène du cinéma d’action. Au terme d’une année compliquée pour les exploitants aux vues de la crise sanitaire, le service de SVOD continue d’occuper l’espace laissé libre par les blockbusters. Une hégémonie qui touche à sa fin, l’été nous réservant sa dose de grand spectacle en salle, mais sur laquelle Amazon entend bien capitaliser encore un peu. C’est dans cette mouvance que surgit aujourd’hui “The Tomorrow War” de Chris McKay, un long métrage musclé aux accents de science-fiction qui s’appuie notamment sur la présence de Chris Pratt au casting, ce qui n’est pas nécessairement gage de qualité. Réfraction autour d’un film qui, sans sombrer dans la médiocrité absolue, va sans cesse se contenter du service minimum et se réfugier dans la paresse de clichés omniprésents.

Nous sommes en 2022 et Dan Forester (Chris Pratt) regarde tranquillement la finale de la coupe du monde de football en famille, quand tout à coup, sacrilège! Le match est interrompu par l’arrivée de voyageurs du futur venus réclamer de l’aide à nos contemporains pour gagner une guerre qui les oppose à de mystérieuses créatures hideuses. Le monde se divise alors entre partisans et opposants et ce brave Dan, lui-même partagé, va être enrôlé de force et propulsé dans l’avenir pour se battre. Sur place, il retrouve la trace de sa fille, une des seules rescapées d’un affrontement que l’humanité semble perdre inéluctablement.

Dans le fond du scénario s’installe donc une idée intéressante qui aurait pu servir de moteur intelligent au film: ce concept de guerre dans l’avenir rappelle certains enjeux de notre époque. On pense par exemple facilement à la crise climatique et au désintérêt d’une partie de la population pour des problèmes qui frapperont les générations suivantes. L’ennui, c’est que ce rapprochement qui se fait de manière naturelle va être bien trop appuyé par la mise en scène de Chris McKay qui souffre d’un manque de subtilité flagrant. Le cinéaste se sent obligé d’imposer en arrière plan de grosses affiches écolo pour qu’on comprenne que son œuvre n’est pas complètement creuse. D’un côté, son geste d’auteur est débilisant, d’un autre on finit par se fermer à cette proposition tant on force sa présence.

« Paintball Party. »

D’une façon plus générale c’est l’image d’une société à deux degré qu’on nous propose, partagée entre les “pro” et les “contre” sans aucun juste milieu. Offrir une caricature de notre monde est parfois pertinent, mais uniquement lorsque l’assemblage est maîtrisé. Ici le film restitue une image des pouvoirs politiques et militaires complètement stupide: il n’y a aucune cohérence de fond dans “The Tomorrow War” qui semble se défiler au moment de mettre en accusation.

Ce constat, il va nous amener doucement vers l’écueil majeur du film: son écriture pathétique, de loin son pire défaut. Ce qui s’affirme sur l’échelle sociétale se vérifie également sur le plan personnel: les interactions entre les différents protagonistes se font ennuyeuses, se répètent et surtout souffrent d’une élaboration franchement défaillante. Appuyés par une musique sans âme, ces élans franchement un peu cucul ne marque jamais et font prendre conscience de la durée plombante du long métrage. On ne se braque pas face à un format, 2h30 est devenu la norme, mais ce laps de temps semble durer une éternité tant “The Tomorrow War” traîne sa narration fastidieuse, se permettant même quelques instants “Buddy Movie” très années 90 dans ce qu’elles avaient de moins savoureux à offrir.

En conséquence, les performances d’acteur sont tirées vers le bas. Si on avait franchement aucune attente vis-à-vis de Chris Pratt, on constate avec effroi que même J.K. Simmons par exemple, dont on connaît la qualité, apparaît ici terne et sans relief. Il faut dire que “The Tomorrow War” s’enferme lui-même dans un axe du récit assez contestable: cette vision de la famille parfaite malgré ses défauts, la poursuite d’un idéal biaisé et franchement mal construit. Chris McKay sacrifie le reste de ses réflexions sur l’autel de la bienpensance américaine.

Tempo agaçant également au sein des scènes d’action qui elles non plus ne marquent pas le spectateur. Chris McKay apparaît démissionnaire dans sa mise en scène qui n’apporte strictement rien de nouveau au genre. “The Tomorrow War” est voué à se noyer dans le flot incessant des films de ce registre sans jamais ne serait-ce que tenter de tirer son épingle du jeu. Une politique du “risque zéro” qui condamne clairement l’œuvre. Même son de cloche concernant la direction artistique qui vient pomper allègrement ce qu’il se fait à côté. La lignée est noble et les clins d’œil à “Aliens: le retour, “Starship Troopers” ou encore “La guerre des mondes” sont toujours amusants, mais l’identité de “The Tomorrow War” en pâtit, elle apparaît totalement générique. Il n’y a pas d’aspérité à laquelle se raccrocher, simplement un assemblage d’éléments futuristes assez pathétiques visuellement et des créatures qui n’entreront pas dans la postérité.

The Tomorrow War” ne tente rien, et forcément il ne réussit rien non plus. Il se réfugie derrière une recette qu’on connaît tous par cœur sans jamais chercher à se démarquer. Un produit pré-formaté.

Spike

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