Julie (en 12 chapitres)
Julie (en 12 chapitres) affiche

(Verdens Verste Menneske)

2021

Réalisé par: Joachim Trier

Avec: Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum

Film vu par nos propres moyens

Quel étrange maillage forme le tissu de l’être humain? Par quel assemblage de pièces improbables apparaît l’image de nos existences? Davantage théoricien de la vie ordinaire que philosophe académique déconnecté de la réalité, Joachim Trier consacre sa filmographie à affiner sa vision très personnelle de l’individu immergé dans un quotidien usuel proche du nôtre. Ses héros n’ont pas de cape ou de pouvoir, ils sont à notre échelle, nos amis ou nos amours.

Langage du quotidien

Sa Julie qu’interprète Renate Reinsve et qui donne son titre français à la dernière œuvre du cinéaste s’inscrit dans cette lignée: à travers les errance de sa vie se dessine le parcours d’une jeune femme approchant de la trentaine, cohérente dans ses doutes et aspirations, ancrée dans notre société à tel point que vous pourriez la croiser dans la rue chaque matin sans vous en rendre compte. En 12 scènes de son destin, tantôt triviales, tantôt profondes, mais toutes essentielles pour cerner ce protagoniste qui n’a de simple que les apparences, Joachim Trier livre au public son intimité essentiellement sentimentale, à fleur de peau. 

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Une interrogation primordiale semble planer sur son récit: ne sommes nous finalement que la somme de nos erreurs et de nos tâtonnements, ou nos masques cachent ils une psyché plus complexe dictée par notre passif? Le titre, cette fois original et qu’on pourrait traduire par “Le pire être humain au monde”, apparaît comme hautement ironique. Si on s’en tenait aux faits, il serait admissible, mais ce n’est qu’à la fin du périple, une fois toutes les cartes en mains, que le spectateur sera juge et probablement critique envers cette saillie verbale. Julie (en 12 chapitres) est presque un polar du cœur où l’accusé n’est coupable de rien.

Arbre de vie

En reprenant une partie de ses acteurs fétiches, Joachim Trier nous renvoie à ses travaux passés pour mieux mettre en lumière les différences qui les opposent. Impossible de ne pas se rappeler le fantastique Oslo, 31 août à la vue de Anders Danielsen Lie, et pourtant, Julie (en 12 chapitres) semble en être le total contraire. Le premier suivait un homme au bout de son, chemin, ici c’est une femme qui souhaite avant tout vivre pleinement qu’on éprouve; l’un était taiseux et s’épanouissait dans le non-dit, l’autre se fait beaucoup plus bavarde; Oslo 31 août ramassait son histoire sur une seule journée, Julie (en 12 chapitre) est ponctué d’ellipses. Seule la vision des choses banales du destin les rapproche.

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À ceci prêt que cette fois, Joachim Trier fait le choix, à deux reprises, de délaisser sa grammaire du concret pour donner du souffle à son histoire. À des instants clés, et contrairement à son habitude, le cinéaste offre des séquences pleines d’onirisme, hautement symboliques. Pour percer la bulle de Julie, il faut comprendre son caractère songeur et donc pénétrer dans ses rêveries. La grande intelligence de Joachim Trier restera pourtant de ne pas trop en faire sur ces segments de son récit, nous ramenant toujours à la condition de simple spectateur du quotidien.

Choix multiples

Un public dépossédé de toute emprise sur les choix de Julie: on ne partage pas nécessairement toutes les interrogations de cette héroïne et nos décisions ne seraient pas les mêmes, mais tant pis! Par sa mise en scène épurée, Joachim Trier réussit à nous faire tomber amoureux de son personnage, derrière les monologues de génie de Renate Reinsve. Julie se trompe souvent, trébuche aussi et ce sont finalement tous ces accrocs dans son destin qui la rendent humaine et accessible. Avec le même tact, le réalisateur invite également d’autres débats plus profonds sur le bien fondé d’une carrière qu’on exècre, la liberté artistique, ou les contradictions du féminisme.

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C’est après ce parcours de vie que la réponse au dilemme que nous pose Joachim Trier apparaît limpide: non, nos mauvais choix ne nous définissent pas, et non, Julie n’est pas “la pire personne du monde”. Elle n’est même pas plus extraordinaire qu’une autre. Simplement la vie a-t-elle choisi de lui mettre certains bâtons dans les roues, comme son contexte familial éprouvant, et son envie d’émancipation profonde lui a dicté les virages de sa destinée. Julie n’est pas une ingénue, peut-être ses yeux sont-ils même encore plus ouverts que ceux de la plupart des gens.

Julie (en 12 chapitres) est distribué par Memento et ressort dans le cadre du Festival Telerama.

Dans uns grammaire simple mais efficace, Joachim Trier réussit à nous proposer le parcours d’une femme qui navigue, bon grès mal grès, face aux tumultes de son existence, profitant du vent autant qu’elle ne lutte contre lui. Un portrait simple et touchant.

Spike

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