Glass Onion

2022

(Glass Onion: A Knives Out Mystery)

Réalisé par : Rian Johnson

Avec : Daniel Craig, Janelle Monáe, Edward Norton, Dave Bautista, Kate Hudson. 

Film vu par nos propres moyens

Le célèbre détective Benoît Blanc est invité par le millionnaire Miles Bron sur son île en Grèce. Il fait la connaissance « des perturbateurs », le groupe d’amis de Bron. Le séjour se transforme rapidement en Murder party. 

  À couteaux tirés 

En 2019, le réalisateur Rian Johnson rend hommage et remet sur le devant de la scène le whodunit, avec À couteaux tirés. Le film reprend tous les codes de ce type d’intrigue : un groupe réuni dans un lieu unique, un personnage point de mire de toutes les haines, une critique de la société et surtout un enquêteur excentrique. Le rôle du détective est tenu par Daniel Craig qui compose un personnage à la Columbo pouvant paraître naïf et cabotin, pour se révéler au final d’une grande perspicacité. L’ancien James Bond tient brillamment ce rôle. Le film n’aurait pu être qu’un whodunit de plus, mais Rian Johnson a la bonne idée de jouer avec ce genre ultra codifié et de rajouter un côté humoristique à l’ensemble, apportant ainsi un petit vent de fraîcheur pour les fans de mystères. 

Craig et Johnson ont tellement apprécié leur collaboration que l’idée de faire d’À couteaux tirés une série de films s’impose rapidement à eux. Avant la sortie du long métrage, le metteur en scène rédige un projet de suite, attendant le feu vert de Lionsgate. Le succès permet de débloquer facilement un deuxième opus. Par la suite, Netflix, qui flaire la bonne affaire, passe un accord avec Rian Johnson et son partenaire de production Ram Bergman pour racheter les droits d’À couteaux tirés, tout en finançant deux suites. La production de Glass Onion débute en 2020 et le tournage en 2021. Il s’agit du premier projet d’envergure tourné post Covid.  Cette suite propose un casting hétéroclite: Edward Norton, Kate Hudson ou bien encore Dave Bautista. La production s’est déroulée sans encombre et une fois de plus le duo Craig /Johnson semble plus que motivé de poursuivre l’aventure ensemble. 

Whodunit : amour et héritage.

Glass Onion reprend la structure narrative de son prédécesseur. Benoît Blanc se retrouve par hasard impliqué dans une nouvelle enquête. Les suspects semblent unis à première vue jusqu’à ce que la haine fasse sortir leurs vrais visages. On retrouve également un twist qui permet de faire basculer l’enquête et ainsi révéler l’identité du ou de la coupable.

Ce type de structure n’a rien de nouveau, d’ailleurs au début du long métrage, nous retrouvons avec une vive émotion Dame Angela Lansbury qui signe ici sa dernière apparition. Voir l’incarnation de Jessica Fletcher rappelle ainsi au public que le propre du détective de whodunit est de se trouver tout le temps entouré par le crime.  Lorsque nous connaissons les règles de ce type d’œuvre, il est alors très facile de découvrir la solution et très dure d’être surpris. Les différents suspects sont souvent des archétypes, à l’image d’une partie de Cluedo. Il suffit aux spectateurs de trouver le bon personnage, l’arme et le mobile. 

La plus grande difficulté du whodunit est de trouver comment garder l’intérêt du public. Pour y parvenir, Rian Johnson utilise deux éléments : le jeu et l’humour. Il joue constamment avec les règles pour déjouer les attentes. Le personnage censé être la victime devient un suspect, l’utilisation de faux indices met le spectateur sur une fausse piste. Un twist tout droit sorti d’un soap opéra, permet de redistribuer les cartes. 

Johnson emploie le jeu, également une variante du whodunit. Il l’introduit dès l’entame du récit, avec le groupe filmé en Split screen, travaillant ensemble pour résoudre un puzzle comme dans un film de casse. On retrouve ainsi une référence aux escape games. Il enchaîne avec Blanc faisant une partie d‘Among us dont le but est de trouver le meurtrier qui se cache au détour d’un couloir. Le metteur en scène reprendra ce schéma plus tard dans le film lorsque les différents suspects se retrouvent dans le noir. Tout en montrant l’évolution du genre, ceux-ci deviennent des indices invitant le détective amateur à entrer dans la partie et s’amuser. 

Le point le plus important qui permet à Glass Onion de se démarquer tient dans son humour. Rian Johnson arrive à la fois à se moquer de ces archétypes désuets, tout en déclarant son amour au genre. Benoît Blanc est un mélange de Fred de Scooby-doo avec son petit bandana Jaune, d’Hercule Poirot avec son magnifique maillot à rayures et enfin de l’inspecteur Columbo avec son cigare et cette naïveté qui lui permet de cacher son jeu. Le personnage passe souvent pour quelqu’un de  maladroit, comme lors de la murder party, en donnant immédiatement la solution de l’énigme gâchant ainsi la partie. 

La réalisation se moque aussi du petit côté grandiloquent de certains coups de théâtre, grâce à une mise en scène en flashback contredisant ce que nous avons déjà vu, rendant ainsi le puzzle de l’intrigue incohérent. Cette façon de faire est digne des plus grands soap opéra. Ce genre aussi est rempli de clichés et n’hésite souvent pas à proposer du whodunit dans ses intrigues. Pourtant, même si par moment le film verse dans la farce, nous ressentons l’amour de Rian Johnson pour ce style cinématographique. Le film est bourré de références à l’œuvre d’Agatha Christie en convoquant, Ils étaient dix, Meurtre au soleil ou bien encore Le miroir se brisa. Glass Onion est une excellente adaptation . Toute l’essence de l’univers de l’autrice est là, même la critique sociale.

L’oignon de glace

  Rian Johnson utilise le whodunit pour personnifier et critiquer les réseaux sociaux et notamment la « Cancel culture ». Les personnages correspondent à un schéma précis. Miles est une caricature d’Elon Musk, son groupe d’amis, représente ses followers qui suivent sans réfléchir. Pour finir, il y a un dernier personnage, dont nous tairons le nom pour ne pas vous gâcher le film. Ce dernier élément représente la victime qui n’est pas crue et qui est rejetée.

Le fait d’utiliser à outrance le verre pour entourer sans cesse ses personnages est un rappel constant de leur fausseté. Les réseaux sociaux ne sont qu’une vitrine trompeuse. Les gens ne montrent que ce qu’ils veulent. Lorsque Benoît Blanc découvre le groupe, ils portent tous un masque et semblent plutôt calmes. Lorsque le déguisement tombe,  l’enquêteur assiste à un spectacle. Chaque protagoniste tient son rôle avec exubérance. Par la suite, Miles explique en quoi consiste le terme « Les perturbateurs » pour qualifier ses amis. Il explique aux spectateurs que la bande n’est là que pour choquer et embêter les gens. Ils pensent briser la société et dire la vérité. Ce portrait rappelle les complotistes et autres trolls peuplant internet.

En réponse à ce discours, Blanc déclare: « il est facile de confondre des propos irréfléchis avec des propos remplis de vérité ». Rian Johnson dénonce une société qui réagit sans se poser de question et qui condamne sans avoir toutes les vérités devant les yeux, se contentant des apparences et des manipulations. Il dénonce une société qui de complet dans l’ignorance et la bêtise. Miles est obsédé par le regard de la Joconde. Ce tableau est encore une fois une métaphore. Il représente la célébrité. Ces personnes ont un besoin maladif du regard des autres pour exister. Ils se définissent par rapport à eux dans le but de susciter l’adoration. Ils ne réfléchissent jamais aux conséquences de leurs actes. Derrière les couches de l’oignon, il y a la vérité,  le vrai visage de ces figures, leurs essences.  Le public pense que tout est simple, mais bien souvent la vérité est cachée derrière la manipulation. Miles vivant derrière ses murs de glace veut être perçu comme un génie, ce n’est en réalité qu’un idiot lorsque ses couches de cristal sont détruites. 

 Le vrai meurtre dans Glass Onion n’est pas le meurtre classique par empoisonnement mais la mort de l’adulation. Briser la glace permet d’anéantir le pouvoir. Rian Johnson saupoudre l’intrigue de références à la mythologie grecque, comparant ainsi Miles aux figures des sirènes et autres sorcières de ces mythes ayant attirées et tué les marins. L’intelligence de Benoît Blanc et comme l’ingéniosité d‘Ulysse. Il observe les sirènes sans succomber à leurs charmes. Il reste sourd face à leur discours.  Prendre son pouvoir de manipulation à une figure publique permet ainsi, pour le réalisateur, de rétablir le libre arbitre. 

Glass Onion est une excellente suite. Le duo Johnson/Craig  se retrouve avec plaisir pour proposer aux amateurs de whodunit une partie certes facile mais remplie d’amour, tout en étant divertissante. Vivement la prochaine enquête. 

Glass Onion est disponible sur Netflix.

Cet article a 2 commentaires

  1. Sophie

    C’est intéressant de lire ton avis, tu relèves plein de choses intéressantes, n’empêche que même si je trouve la proposition audacieuse elle reste à mes yeux ratée. Le film n’offre pas de personnage à qui se raccrocher durant la première partie (qui dure assez longtemps), repose sur des ressorts scénaristiques assez léger (pour moi y’a beaucoup de choses qui sont pas assez développées notamment dans l’aspect critique), et le côté critique est trop parodique, grossier, j’ai trouvé au final le film assez lourd. Y’a vraiment un parti pris esthétique, une fulgurance scénaristique comme dans le précédent, et puis, le final est assez jouissif mais j’ai pas accroché du tout, ni mes parents avec qui je l’ai regardé pourtant on avait adoré le précédent.

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