Everything Everywhere All at Once
Everything Everywhere All at Once affiche

2022

Réalisé par Daniel Scheinert et Daniel Kwan

Avec Michelle Yeoh, Stephanie Hsu, Ke Huy Quan

Film vu par nos propres moyens

Evelyn Wang est une femme sino-américaine âgée d’une cinquantaine d’années qui tient une laverie avec son mari, Waymond. Acculée par le fisc pour ses déclarations jugées frauduleuses, un mari cherchant à divorcer, un père malade ne parlant pas anglais dont elle a la charge et enfin, en conflit avec son adolescente de fille qu’elle ne comprend plus, elle est à deux doigts du burn out, quand son époux ne semblant plus être lui-même lui parle d’univers parallèles en danger qu’elle seule peut sauver.

Dès lors, Evelyn est dévastée par les visions d’autres vies où elle aurait réussi, accompli une carrière de cuisinière, d’artiste d’arts martiaux au cinéma, lui rappelant combien sa vie est, à ses yeux, une suite d’échecs sur le point de s’effondrer. Préférant ces vies à la sienne, elle embrasse le combat annoncé par son époux venant d’une autre dimension, se définissant comme l’alpha, le premier ayant réussi à franchir les barrières entre les dimensions parallèles, gagnant ainsi la capacité à les traverser et à en emporter des capacités momentanées. 

Mais tous ces mondes seraient menacés par une force inconnue nommée Jobu Tupaki.

Derrière le film annoncé comme le plus fou de l’année, il y a un duo de réalisateurs qui avaient déjà opéré ensemble pour nous offrir Swiss Army Man, où un homme parvenait à survivre dans une nature inhospitalière grâce à un cadavre péteur. L’humour est également présent dans Everything Everywhere All at Once, mais assez différemment dans sa forme. Ici l’humour est autant de situation, de décalage qu’absurde. Le film est également produit par les frères Russo (Anthony Russo et Joe Russo), célèbres notamment pour avoir travaillé sur la série Community qui avait déjà exploré les multivers, mais aussi, et surtout sur le MCU dont Avengers : Endgame, si bien qu’on peut se demander s’ils n’ont pas développé une certaine fascination pour les multivers.

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Ce qui est certain c’est que Everything Everywhere All at Once explique assez vite et assez clairement son concept de multivers. Si le film a un rythme très rapide qui demande une certaine attention du spectateur, l’illustration des règles du multivers et de son fonctionnement sont assez rapidement établies : la communication avec les autres dimensions n’est que temporaire, les capacités acquises par la connexion ne durent pas, et le moyen de s’y connecter est de faire quelque chose de complètement absurde, ce qui bien sûr provoque d’innombrables moments cocasses dans le film. Le film exploite son concept jusqu’au bout, nous offrant des séquences mémorables, un rythme rapide effréné, de l’humour absurde à foison. Sans jamais oublier l’émotion ni ses personnages qu’il creuse à chaque passage d’une dimension à l’autre, taille et façonne comme un diamant brut.

En outre, le film bénéficie d’une esthétique très colorée, pour ne pas dire baroque, qui n’est pas sans rappeler le cinéma européen (Anglais et Italien) alors que le rythme effréné évoque quant à lui le cinéma Hong Kongais. Autant d’hommages que le film rend par ses séquences de combats parfois délirantes qui ne sont pas sans rappeler les films d’arts martiaux asiatiques, notamment ceux de Jackie Chan. Ce qui n’est pas si étonnant, car celui-ci était pressenti pour le rôle-titre à l’origine du projet qui a ensuite été complètement modifié au profit de la talentueuse Michelle Yeoh, qu’on a pu voir dans Tigre et Dragon, Demain ne meurt jamais et Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux

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À ces hommages au cinéma d’action asiatique, il faut ajouter également un hommage au cinéma américain d’action et d’aventure des années 80 avec James Hong (Blade Runner, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, Rush Hour) légende du cinéma américain des années 80 mais aussi Ke Huy Quan qui incarnait Demi-Lune dans Indiana Jones et le Temple maudit et Data dans Les Goonies. Enfin, il faut ajouter à ce casting déjà de malade, la présence de l’iconique Jamie Lee Curtis, qui incarne l’agent des impôts. Pour ceux qui ne connaissent pas son nom, elle a été l’égérie de John Carpenter dans La nuit des masques (Halloween), saga où elle a fait son grand retour récemment. Ce ne sont pas les seules références, le film en est bourré allant de In the mood for love à Ratatouille, dans une parodie hilarante du Pixar. Ces références ne sont cependant pas balancées à la truelle, elles s’inscrivent dans l’histoire, dans ce qu’elles racontent des personnages.

D’ailleurs, l’hommage au cinéma des années 80 est présent également dans l’humour, presque cartoonesque des situations et une certaine naïveté qu’on retrouve dans le message du film. Ce dernier délivre un message universel qu’il est bon de rappeler en ces temps modernes où chacun se challenge sans cesse et se juge en regardant le succès des autres sur les réseaux sociaux. Nos échecs nous rendent capables de nos futurs succès, les petites gens comptent autant que les célébrités, si ce n’est plus, mais surtout, il n’est jamais trop tard pour accomplir ses rêves ou écouter son cœur. Et puis, le message peut-être le plus fort du film : chacun est enfermé dans son univers, trop occupé par sa vie et ses tracas pour se connecter aux autres, c’est justement ces relations compliquées qui nous sont vitales et nous définissent. Autant de messages positifs qui semblent aller de pair avec la diversité de ses personnages.

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En effet, l’héroïne est une femme mature, dont les cheveux bruns sont clairsemés de cheveux blancs, affichant ses rides sans honte. Elle est aussi issue de la communauté sino-américaine, fille de l’émigration, poussée par son père à s’élever socialement. Mais l’ascenseur social n’a pas fonctionné pour elle, dans d’autres vies, elle est carrément femme de ménage. Son père parle mal anglais et a du mal à se faire aux mœurs occidentales modernes qu’incarne sa petite fille. Joy, la fille d’Evelyn, quant à elle, est porteuse non seulement de l’ambition de sa mère et de son grand-père, mais a besoin de s’émanciper et de se faire respecter et aimer de ses aînées pour ce qu’elle est et non pour ce que sa famille voudrait qu’elle soit. Ronde, lesbienne, Joy a le plus grand mal à s’exprimer et s’affirmer au sein de cette famille prisonnière de ses aspirations inatteignables.

L’évolution de ces liens familiaux ne peut que s’accomplir avec l’affrontement des multivers. Ainsi, la cellule familiale est au cœur du film, comme les faiblesses et fragilités des personnages mises en exergue par l’intrigue. Celle-ci, menée jusqu’au bout, offre un final réussi. Le film remplit ses promesses tout en divertissant son public, dès lors il n’est pas étonnant qu’il rencontre un succès auprès d’un public désespérément en quête de bons films populaires. 

Everything Everywhere All at Once est actuellement en salle.

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