Un prince à New York 2
Un prince à New York 2 affiche

(Coming 2 America)

2021

Réalisé par: Craig Brewer

Avec: Eddie Murphy, Jermaine Fowler, Arsenio Hall

Film vu par nos propres moyens

Omniprésente dans le monde du divertissement depuis plusieurs années déjà, la nostalgie des 80’s ne désemplie pas. Que ce soit par le biais d’œuvres originales qui y prennent place, ou à travers les innombrables projets d’adaptation et de remake qui constellent les écrans, le voyage dans le temps semble parfois davantage imposé que proposé. Fier représentant de la comédie américaine de cette époque, Un prince à New York, dont nous vous parlions récemment, signait un retour au premier plan en 2021, sur Amazon Prime Vidéo, à la faveur d’une suite aussi opportuniste que inattendue. Au-delà de la promesse rétro de retrouver Eddie Murphy dans le domaine de l’humour, reprenant un de ses rôles iconiques, l’ambition limitée du long métrage semblait lever quelques sourcils soucieux. La méfiance est parfois une vertue.

Presque 40 ans après les événements du premier épisode, Un prince à New York 2 nous propose de retrouver le prince Akeem (Eddie Murphy), coulant des jours heureux au Zamunda en compagnie de son épouse et de ses trois filles. Alors qu’il s’apprête à monter sur le trône, notre héros est en proie aux moqueries et à la convoitise des pays voisins: il ne possède pas d’héritier masculin, et seul un homme peut régner sur le pays. Toutefois, ce status quo est bouleversé lorsque Akeem apprend qu’il à un fils caché à New York, fruit d’un improbable concours de circonstance et de manigances orchestrées par Semmi (Arsenio Hall), son ami. Bien décidé à accueillir cet enfant illégitime au Zamunda, et à en faire un prince, Akeem part en quête de son rejeton. Le choc des cultures est alors total entre Amérique et Afrique, tout particulièrement lorsque LaVelle (Jermaine Fowler), le « bâtard royal” comme le désigne le film, pose les pieds sur la terre de son père.

Structure embarrassante

Par cette installation scénaristique simpliste au possible, Un prince à New York 2 pose déjà un premier problème: nous ne sommes pas en présence d’un film mûrement réfléchi, mais davantage devant un énorme prétexte pour tenter de capter l’attention, surement vite évanouie, d’un spectateur ici par pur affect pour le premier épisode de la franchise. Entre rebondissements téléphonés, incohérences énormissimes et fainéantise affirmée, tout ce que ce nouveau long métrage propose de nouveau finit par se flétrir devant une paresse d’écriture totale. Le film vit ouvertement sur l’héritage du Prince à New York, multipliant clins d’œil et citations explicites, voire véritables extraits du premier numéro. Rien de ce qui est nouveau ne s’imprègne dans l’âme du spectateur.

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Un vide du script accompagné par des écueils de réalisation traumatisants. Certes, le premier épisode ne brillait pas par sa mise en scène, mais le néant abyssal aurait été préférable aux tentatives désespérées de Craig Brewer de paraître drôle. En presque 2 heures qui en semblent 14, rien ne nous est épargné: jamais le tempo de l’humour, effroyablement gras par ailleurs, n’est maîtrisé, la stature de LaVelle se fait fantomatique, la tension dramatique dont on n’attends pourtant pas grand chose réussit à viser constamment à coté. On touche le fond absolu de la création artistique dans des séquences musicales à s’arracher les yeux et les oreilles dans un mouvement de rage, et dans une avalanche de placements de produits putassiers. Pepsi, McDonald’s, ou encore Puma peuvent remercier Craig Brewer: l’homme sandwich à parfaitement rempli son rôle. 

Injure

Des comédies bien peu drôles, il en sort chaque années des centaines, rien de nouveau sous le soleil de l’Afrique, où se déroule essentiellement l’action d’Un prince à New York 2. Cependant, lorsque la bétise se mêle à l’offense frontale envers la plupart de minorités représentées, le résultat est inexcusable. Comment diable une armée de scénaristes, pourtant à la peau de couleur noire, a-t-elle bien pu penser que certaines blagues franchement puantes allait passer pour de l’autodérision. Du côté américain, on représente les gens du Queens telle une bande d’animaux d’une avarice ordurieuse. Bien sûr, Un prince à New York jouait de ces mêmes clichés, mais apportait du contrepoids: ici aucune demi-mesure dans l’écriture idiote proposée. C’est encore pire côté africain: le film se paye le luxe de rigoler de la guerre, et plus outrageusement encore des enfants soldats au détour de plusieurs scènes. On nage en plein délire, mais pas celui qu’on espérait.

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À une époque où la place des femmes est interrogée dans l’industrie, appelant à davantage de représentativité, Un prince à New York 2 fait figure de reliquat du passé. On ne s’attendait pas à de la finesse de la part des équipes derrière Le professeur Foldingue, mais l’abordage dilettante des protagonistes féminins consterne. Toutes sont effacées au maximum, voire moquées, jusqu’à des instants “Girl Power” qui apparaissent dès lors anachroniques dans le déroulé. La reine du Zamunda se laisse allègrement marcher sur les pieds, jusqu’à une pseudo rébellion; la mère de LaVelle est d’une grossièreté sans borne; les enfants du couple royal sont inexistants au possible avant une séquence d’action affligeante. La palme revient toutefois à quelques personnages présents à l’écran uniquement pour leur plastique. Un prince à New York 2 ne se trompe pas, il n’essaie juste pas, il démissionne, et la fin se voulant militante ne désamorce pas ce constat.

Des problèmes humains

Malgré tout, et entre deux rasades d’alcool obligatoire pour suporter la torture, une thématique autour de l’accomplissement de la destiné manifeste se distingue. Le problème, c’est qu’elle reste peu ou proue la même que celle tissée dans Un prince à New York des dizaines d’années auparavant, et ne semble dès lors pas bien cohérente. Comment expliquer les revirements du prince Akeem, lui qui voulait tout changer au Zamunda ? Brièvement, Craig Brewer sous-entend que la couronne lui fait tourner la tête, mais difficile de s’imprégner de cette vision, à plus forte raison lorsqu’on revoit le premier épisode. Sa douceur et son idéalisme sont morts. Ce qui semble bancal chez Akeem devient catastrophique chez LaVelle et son caractère effroyablement fluctuant. Impossible de définir ce personnage qui change au gré du vent, qui remet son existence en doute à travers de simples échanges, bien mal écrits.

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Là où Un prince à New York convoquait une partie du fleuron des acteurs afro-américains des années 80, cette suite tente de faire la même chose, tout en ressuscitant le casting d’origine. Un mélange générationnel qui ne prend pas. Concernant l’ancienne garde, si on sent toujours de la complicité et de l’amusement entre Eddie Murphy et Arsenio Hall, le reste des acteurs concernent: Shari Headley peine à exister, et Wesley Snipes n’a strictement aucun talent comique. Qu’est venu faire Morgan Freeman dans cette galère ? Seuls lui et son agent le savent. Du côté de la nouvelle école, c’est l’effroi: Jermaine Fowler est si transparent qu’on pourrait presque distinguer les paysages africains derrière lui, tandis que Leslie Jones et Tracy Morgan, deux immenses stars aux USA, en font constamment des caisses, appuyant le côté exaspérant de leurs personnages déjà agaçants.

Un prince à New York 2 est disponible sur Amazon Prime Vidéo.

Rien ne fonctionne dans Un prince à New York 2, mais lorsque l’injure et le mercantilisme s’additionne à l’incompétence, l’affront est absolu.

Spike

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