The Lost Daughter
The Lost Daughter

2022

Réalisé par: Maggie Gyllenhaal

Avec: Olivia Colman, Jessie Buckley, Dakota Johnson

Film vu par nos propres moyen

Un combat de femmes

Après avoir été longtemps muselée, la voix des femmes se fait de plus en plus entendre dans le monde du cinéma. Il aura fallu passer par une profonde prise de conscience de l’industrie et du public pour mettre en exergue la toxicité masculine qui régnait dans le milieu, et beaucoup de changements restent à entreprendre pour que l’égalité des sexes soit respectée. Mais dans le sillage des polémiques ayant mis la lumière sur les actes ignobles qui ont entaché les précédentes années, une génération de réalisatrices s’affirme: Chloé Zhao et Patty Jenkins par exemple, sont devenus des noms qui comptent dans le septième art et même si ce n’est pas un gage de qualité, les grands studios n’hésitent plus à leur confier des projets d’envergure.

Ce qui se constate à l’échelle du cinéma grand public résonne aussi dans le circuit des longs métrages plus intimistes: c’est autour de trois femmes d’importance que s’est élaboré le projet The Lost Daughter. La première, c’est l’écrivaine Elena Ferrante, à l’origine du roman originel et fermement décidée à n’en confier l’adaptation qu’à une autre représentante de la gente féminine. La deuxième participante est la comédienne respectée Maggie Gyllenhaal, passant pour la première fois derrière la caméra à cette occasion. Enfin, le dernier nom, c’est celui de l’actrice saluée Olivia Colman, qui porte sur ses épaules tout le poids d’un rôle hautement dramatique. Un trio investi et dévoué à la réussite d’un film très feminin, mais dont les hommes auraient tort de se détourner: la lutte pour l’équité invite à l’éveil de tous.

The Lost Daughter

Portrait intime d’une femme à la dérive, The Lost Daughter retrace les vacances estivales européenes de Leda (Olivia Coleman), loin des USA où résident ses enfants. Durant tout son séjour, ce personnage torturé oscille entre moments d’introspection au cours desquels se découvre son passé trouble et sa fascination pour une famille nombreuse résidant sur le même lieu de villégiature. Son attention se porte tout spécialement sur Nina (Dakota Johnson), une jeune mère hésitante lui rappelant sa propre maternité.

Duel au soleil

C’est assez nettement que The Lost Daughter s’évertue à souligner les contradictions qu’il existe entre le destin d’une femme épanouie sentimentalement et celui d’une mère répondant aux impératifs de son rôle, d’après les canons modernes encore hérités de vieux modèles inadéquats . À travers le parcours de Leda se dessine toute une hypocrisie à peine larvée à laquelle la trajectoire de Nina fait écho. S’il ne devait subsister qu’un message de The Lost Daughter, il résidrait dans l’essence de ce dialogue pourtant presque muet entre ces deux générations en proie aux mêmes maux, malgré les évolutions de notre époque.

The Lost Daughter

Une problématique que cristallisent principalement les personnages masculins: au risque d’en faire passer certains pour de parfaits incapables, Maggie Gyllenhaal se montre très acide envers les hommes de son récit. Une fois encore, c’est une impasse qui se profile, à la fois dans les flashbacks comme dans l’instant T. Leda se dérobe aux avances des protagonistes qui gravitent autour d’elle, malgré l’attirance, et c’est doucement que le film, tel un polar amoureux, nous révèle les raisons profondes de ses refus. Un écho de son existence passée l’entrave dans les filets d’un patriarcat défaillant.

Subtilités de rigueur

Pour appuyer son propos, Maggie Gyllenhaal joue la carte du minimalisme: pas d’extase devant de grands décors, mais plutôt un environnement réduit à sa plus simple expression, tout juste une plage et un appartement relativement sommaire. L’actrice devenue réalisatrice impose une narration par le vide: l’absence d’un amour qui ne semble plus exister, ou bien celle de ses filles que le titre de l’œuvre entoure d’interrogation. Leda n’est plus qu’un fantôme hantant ses propres souvenirs dont Nina est un étrange reflet déformé.

The Lost Daughter

C’est dans la mise en scène au sens propre que va se déployer toute l’envergure de The Lost Daughter. Partout le film sous-entend le vice, la déliquescence, voire la mort. Dans une relation adultérine ouverte, ou beaucoup plus subtilement dans des images de fruits pourris, d’une poupée dégoulinante de vase noirâtre, ou dans la chute d’une pomme de pin qui blesse sévèrement Leda. Maggie Gyllenhaal nimbe son long métrage de mystère.

Une partition presque parfaite, malgré quelques circonvolutions de tempo inhérentes à une première réalisation, que livre la cinéaste à Olivia Coleman et Jessie Buckley, deux facettes d’une même femme. L’une au présent, l’autre au passé, se conjuguent à la même personne et révèlent à pas de velours les fêlures de Leda et de son mal-être insoluble.

The Lost Daughter est disponible sur Netflix.

On a envie de pardonner ses quelques maigres errances à The Lost Daughter tant son message se fait aussi universel que touchant dans son approche feutrée.

Spike

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