La cité pétrifiée

(The monolith monsters)

1957

de John Sherwood

Avec Lola Albright, Grant Williams, Les Tremayre, Trevor Bardette.

Film fourni par Elephant Films

En Californie, le paisible village de San Angelo est confronté à une mystérieuse attaque. Une météorite se multiplie et envahit peu à peu la ville et pétrifie les habitants à son contact. Le géologue Dave Miller (Grant Williams) et son ami le professeur Arthur Flanders (Trevor Bardette) essayent de trouver comment sauver la ville.

Un instantané

Découvrir ces vieux films de Science-fiction est toujours passionnant. Ces histoires perçues comme ridicules par certains sont pourtant d’une grande richesse. Ces longs métrages sont des témoignages de l’Histoire du cinéma mais aussi un bon moyen de voir et comprendre les angoisses qui marquaient les Etats-Unis durant la guerre froide. Produire des œuvres remplies de créatures étranges ou bien encore d’aliens étaient un bon moyen pour eux d’exorciser ces inquiétudes.  Ces productions représentent également un fort intérêt pour les passionnées d’effet spéciaux et de maquillage. Souvent confronté à de petits budgets, c’était un magnifique espace d’imagination pour trouver des solutions souvent très ingénieuses pour rendre vivantes et effrayantes ces créatures. 

La cité pétrifiée est un excellent exemple de ces petites productions. Sherwood et son équipe, nous proposent un mélange de différents outils pour rendre leur scénario crédible. On commence par un classique tournage en studio, les plus fins d’entre vous auront reconnu dans San Angelo, le décors de Universal qui servira à créer la ville de Hill Valley des années plus tard dans Retour vers le futur. Ce n’est pas tout, il y a également une très belle utilisation de matte painting ainsi que de miniatures apportant une atmosphère plus crédible qui fonctionne encore très bien aujourd’hui. Pour finir, on peut retrouver au début du film un plan non utilisé du film, Le météore de la nuit. Ceci permet de faire des économies et ainsi de se concentrer sur les autres aspects du film. L’histoire doit paraître vraisemblable pour que le public frissonne de plaisir.

L’inconnu

Les effets spéciaux sont au service de l’histoire et de ses thèmes. Même si le film se présente comme un roller coaster promettant un bon divertissement, La cité pétrifiée parvient tout de même à glisser des thèmes sombres. L’un d’eux, c’est la peur de l’inconnu. 

Au moment de la sortie du film, les USA sont en guerre froide, une période de grande paranoïa, de peur et de rejet de ce qui nous est inconnu. Ces pierres représente l’angoisse d’une attaque subite venant de l’extérieur ainsi que d’une invasion. L’univers de ces personnages est envahi et transformé du jour au lendemain par une entité qui se multiplie et agit comme un virus. N’importe qui peut être atteint . L’horreur ultime s’exprime à travers cette petite fille retrouvée au milieu de sa maison détruite et des corps de ses parents. Elle est en état de choc, la camera se rapproche d’elle pour fixer dans un gros plan son visage fermé, incapable de crier ou de pleurer. Une image frappante et glaçante. À chaque fois qu’une menace se produit , la caméra se fixe sur l’élément déclencheur ou bien encore sur le visage des différents protagonistes pour en capter la réaction.Toute la narration de ce drame se fait non pas par les mouvements de caméra mais par le dialogue et le montage pour faire naître la tension. 

Bien souvent cette idée fonctionne, surtout lorsqu’elle fait du public son complice, celui-ci ayant plus d’informations que les personnages et comprenant ainsi, le danger dans lequel ils se trouvent. Malheureusement, ce choix esthétique a ses limites. On se retrouve un peu trop souvent avec un déséquilibre dans le rythme du film, entre longueurs et moment où l’intrigue reprend très rapidement. 

Un peu d’écologie

Le film aborde aussi le terrain de l’écologie. Cet aspect là peut faire penser à ce que l’on voit dans les films catastrophes. Lorsque la nature n’est pas considérée avec respect ou bien encore si celle-ci est perturbée par un élément extérieur. 

Le récit commence par utiliser la science pour stopper cette invasion. Nous suivons les scientifiques dans leurs hypothèses et expériences. Bien que ce domaine aide à comprendre ce corps étranger, c’est la nature qui permet à cet ennemi de se multiplier grâce à l’eau et de se rapprocher de plus en plus de la ville. Ce n’est que lorsque les hommes décident de détruire le barrage et perdre leur contrôle sur la nature que celle-ci devient leur sauveuse. On peut voir dans cette finalité, un message sur les dangers de la modernité et de ces nouvelles armes qui attaquent et détruisent petit à petit nos ressources. Un thème plutôt en avance sur son temps et terriblement d’actualité. Le film le fait de façon intelligente et non moralisatrice . Pourtant on ressent tout à fait cette préoccupation. Un sujet qui en devient d’ailleurs tout aussi effrayant  que la menace d’une attaque nucléaire. Sherwood filme l’explosion du barrage comme une force indestructible qui mange tout sur son passage, un peu comme le Blob. La nature est elle aussi un monstre au même titre que les météorites ou que les autres créatures qui hantent ce type d’histoire.Si vous n’êtes pas encore convaincu, le fait que les victimes de ces attaques soient pétrifiées n’est pas sans rappeler la ville de Pompei qui subit le même sort après une éruption volcanique. Une preuve de plus que cette menace terrienne est bel et bien présente.

La cité pétrifiée, est un bonbon pour les yeux. Cette science-fiction nostalgique, nous montre que nos peurs n’ont finalement pas tant changées que cela. Nous craignons le futur et son incertitude. Nous fuyons devant ce que nous ne comprenons pas et nous frissonnons à l’idée de perdre notre confort. Les effets spéciaux sont une grande réussite avec ses plans composites de toutes beautés et ses miniatures très convaincantes. On passe un agréable moment devant ce petit bout d’Histoire s’imaginant le découvrir sur le siège d’une voiture dans un drive in américain, une boîte de pop-corn à la main.

La citée pétrifiée est disponible chez Elephant films.

En plus de la bande annonce, vous pourrez découvrir en bonus un excellent entretien de Fabien Mauro pour en apprendre plus sur le film.

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