Blackthorn, La Dernière Chevauchée de Butch Cassidy

(Blackthorn)

2011

réalisé par: Mateo Gil

avec: Sam ShepardEduardo NoriegaStephen Rea

Il existe des personnages, réels ou fictifs, sur lesquels le cinéma s’attarde et revient sans cesse. Dans cette démarche, les grandes figures du Far West ont une place privilégiée: ces grands héros romanesques, shérifs droits dans leurs bottes ou bandits de grand chemin sont des supports idéals pour toutes les générations de cinéastes. Parmi eux trône fièrement au panthéon des protagonistes les plus régulièrement revisités Butch Cassidy, le voleur épris de liberté et comparse du Sundance Kid. Si sa vie du côté américain de la frontière a été l’objet de nombreux films, sa retraite en Amérique du Sud fut moins creusée. Un écueil qu’entend réparer “Blackthorn”, le long-métrage sur lequel on s’attarde aujourd’hui.

On retrouve donc Butch (Sam Shepard) qui vit reclu dans un ranch chilien, sous le nom de James Blackthorn. La vie s’écoule doucement, mais alors que notre héros sent ses dernières heures poindrent, il va tout plaquer pour rejoindre les USA, en quête d’un fils qu’il n’a jamais connu. Son périple va être contrarié par la rencontre d’Eduardo (Eduardo Noriega), un jeune ingénieur qui a dévalisé les coffres d’une exploitation minière. Ensemble, ils vont se lancer dans un périple mouvementé pour empocher le magot et semer leurs poursuivants.

Fatalement, lorsqu’on évoque la vie de Butch Cassidy, il y a un film en particulier auquel on pense et qui fait partie des westerns préférés de vos Réfracteurs. Alors avant d’aller plus loin, on est tenté de vous ordonner de voir “Butch Cassidy et le Kid” de George Roy Hill. Un véritable petit bijou qui fait passer les flashbacks sur la vie du héros qui parsèment “Blackthorn” pour de l’amateurisme. Pas franchement utiles, ces séquences sont forcément comparées à l’illustre ancêtre avec un résultat peu reluisant.

Plus intéressant est le cœur du film, le crépuscule de Butch. Sam Shepard a la lourde tâche de succéder à Paul Newman et même si on ne saurait comparer les deux performances, l’acteur de “Blackthorn” s’en sort plutôt bien en proposant un vieil homme expérimenté mais irascible et rude. Le ton qu’adopte le comédien est le bon et une bonne partie de ce qui plaît dans l’œuvre repose sur ses épaules.

Au coeur du film, on trouve un constat un peu triste: la modernité est en marche et “Blackthorn” atteste de la fin des grandes légendes du Far West en se plaçant dans une époque de transition. Petit à petit, les grandes figures emblématiques des aventures passées disparaissent et la vieillesse de Butch est celle de tous ces protagonistes qui chevauchaient fièrement quelques années avant.

« Méditation. »

Pour rendre compte de cet état de fait, la caméra de Mateo Gil va chercher à plonger dans l’intimité de Butch Cassidy. Enchaînant des séquences au nombre de personnages réduits, “Blackthorn” ne va pas imposer une grandiloquence malvenue mais va plutôt se satisfaire de chroniques simples d’un quotidien qui se fait de plus en plus désuet. On accompagne Butch, on se sent proche de lui, on vit et on souffre en sa compagnie.

Blackthorn” signe aussi la fin des grands espaces où la nature est maître. Petit à petit, les villes apparaissent et rognent au fur et à mesure sur les paysages montagneux ou les grandes plaines luxuriantes. La beauté des plans qui retranscrivent cette idée impressionne. C’est peut-être un peu simpliste de se satisfaire de ces panoramas comme l’une des seules grandes idées de mise en scène mais cela fonctionne: on est plongé dans une aventure grâce à ce parti-pris pertinent.

Plus laborieux est l’assemblage des scènes qui sans réellement perdre le rythme nous a semblé parfois un peu redondant. Certaines répétitions dans cette dernière épopée de Butch plombent parfois le souffle épique. C’est probablement volontaire, le bandit n’est plus ce qu’il était et lutte pour trouver un dernier souffle, mais les chevauchées silencieuses ont leur limite et Mateo Gil la franchit régulièrement.

Cela met tout de même en évidence l’une des idées scénaristiques les plus importantes du film: Butch est à la recherche du temps perdu, tentant de retrouver une jeunesse qu’il a fui il y a déjà longtemps. “Blackthorn” est empli d’une nostalgie relativement efficace qui porte le film avec un spleen envoûtant. Mateo Gil aime le western et il étale sa passion.

Mais surtout, le cinéaste semble avoir saisi ce qui faisait déjà l’esprit de “Butch Cassidy et le Kid”. La vie de ce héros ne se résume ni à l’argent, ni à l’action, mais bien plus à une soif de liberté éclatante. L’introduction et la conclusion du film montrent que le réalisateur a capté cet esprit. Butch Cassidy n’est pas qu’un voyou: c’est un rêveur, et nous aussi!

Dommage qu’autant de petits défauts émaillent le film car Mateo Gil a saisi l’essence de son personnage. Un bon moment qui aurait pu être mémorable mais qui restera simplement une chevauchée plaisante.

Spike

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