La Nouvelle femme scorpion: Cachot X
La nouvelle femme scorpion cachot X affiche

(新・女囚さそり 特殊房X)

1977

Réalisé par: Yutaka Kohira

Avec: Yôko Natsuki, Takeo Chii, Masashi Ishibashi

Film vu par nos propres moyens

En 1977, 5 ans après le premier volet de ses aventures, l’iconique Femme Scorpion connait sa sixième itération avec La Nouvelle femme scorpion: Cachot X. Dans un torrent de violence et de vice, Sasori s’affiche pour la dernière fois sur grand écran dans les années 1970, avant une tentative de remake en 2008. La saga initiée de mains de maître par Shunya Ito est plus qu’une épopée cinématographique, elle est un phénomène qui embrase le Japon. En détournant les codes du Pinku Eiga, un genre typiquement nippon que l’on peut traduire par “cinéma rose”, La Femme Scorpion culpabilise les pulsions masculines et insuffle des élans féministes dans un genre d’ordinaire dévolu aux hommes. En à peine une demi-décennie, l’épopée a tout de même connu de nombreuses métamorphoses: si des traits communs à chaque long métrage forment un fil rouge, comme le milieu carcéral où le caractère de son héroïne Nami, son histoire est un éternel recommencement. La Nouvelle femme scorpion: Cachot X n’a d’ailleurs plus énormément de parentés avec la proposition initiale, La Femme Scorpion. Shunya Ito a fait ses adieux à la fresque après le troisième épisode, tandis que la mythique Meiko Kaji n’incarne plus Nami depuis le quatrième opus. Plus criant de vérité encore, et bien que Yutaka Kohira soit à nouveau à la réalisation comme pour La Nouvelle femme scorpion – Prisonière 701, ce sixième film offre une toute nouvelle relecture.

Nami, alias Sasori ou La Femme scorpion, ici jouée par Yôko Natsuki, est une infirmière plongée en plein complot. Le chef de la clinique où elle travaille manipule le traitement d’un homme politique japonais pour lui administrer une dose de médicament létale. Conscient de l’horreur qui se trame, le fiancé de Nami tente de raisonner en vain son supérieur, et se voit sauvagement assassiné. Accusée du meurtre, l’héroïne de La Nouvelle femme scorpion: Cachot X est incarcérée dans une prison pour femme ou règne la maltraitance et la violence. Sous les coups des matons, Nami tente de survivre et envisage de s’échapper pour assouvir sa vengeance.

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Alors que Yutaka Kohira avait entamé une transformation de la Femme Scorpion lors de l’épisode précèdent, le cinéaste semble ici effectuer une marche arrière pour renouer avec les bases de la saga. Nami était loquace dans La Nouvelle femme scorpion – Prisonière 701, elle redevient ici froide et taiseuse. Devant le destin qui se dérobe à elle, et tandis que l’homme de sa vie lui est substitué et remplacé par des figures masculines hideuses moralement, Sasori répond par la froideur, comme un mur féministe qui se dresse face à la perversion et la perfidie. L’héroïne s’affirme par son inflexibilité, loin des nymphes qui s’offrent facilement d’ordinaire dans le Pinku Eiga. Pour contraindre la Femme Scorpion, il faut se rendre coupable du pire, et par là même céder à l’instinct animal. Le public masculin désireux d’assouvir un plaisir primaire est renvoyé à ses basses pulsions. Si Yôko Natsuki ne possède pas la prestance de Meiko Kaji, elle réussit malgré tout à porter cette idée à l’écran avec un certain brio.

Cependant, La Nouvelle femme scorpion: Cachot X ne se cantonne pas à la trajectoire unique de Sasori, mais propose une écriture plurielle, où différents degrés de la pensée féminine s’affirment. Rapidement, Nami est rejoint par une complice, imposant un élan de compassion dans un contexte délétère. Mais c’est davantage dans la désunion initiale des détenues que le film trouve sa substance. Au commencement règne le chaos, alors que toutes semblent déterminées à la faire souffrir, et pourtant, au terme du long métrage, un esprit de groupe émerge tant bien que mal. Face à la violence institutionnalisée, l’ensemble des femmes souffre, sans exception. Dans une scène où les prisonnières sortent d’une geôle, Yutaka Kohira les assimile visuellement à des zombies traînant des pieds sur le béton. Le féminisme n’est pas une opinion, il est une réponse indispensable, selon la volonté affichée par La Nouvelle femme scorpion: Cachot X, un élan de la société qui s’affirme incontestablement.

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Car à l’évidence, le long métrage met un point d’honneur à antagoniser les hommes, et à inscrire le mal dont ils sont porteurs dans une logique ancestrale néfaste. Ainsi, le directeur de la prison se munit d’une cravache, tandis que le gardien en chef exhibe un sabre de bois, renvoyant à l’image du Japon ancien. La Nouvelle femme scorpion: Cachot X convoque même des symbole plus primaires: l’arrivé de Nami dans le terrible pénitencier se fait en traversant un couloir de pierres brutes, et la plupart des tortures qu’elle subit utilisent l’eau comme élément central. Les forces élémentaires sont en action pour victimiser les femmes, et la modernité est restreinte dans le présent du récit proposé. Même si la vision de sévices révoltantes est l’apanage de la saga de La Femme Scorpion, ce nouvel essai n’accomplie pas ce prérequis sans réflexion profonde.

La vision d’une société contemporaine au film est en définitive le plus souvent inscrite dans les flashbacks de la trajectoire de Nami, à travers un geste d’écriture délicieusement paradoxal. Les incursions d’intrigues politiques imposent même le mal masculin comme un élément ancré profondément dans la société japonaise, dans les seules séquences se déroulant hors de la prison. Ici, La Nouvelle femme scorpion: Cachot X épouse une autre constante de la Femme Scorpion, la folie visuelle des regards sur le passé. Plein d’onirisme et de symbolisme, et même si Yutaka Kohira n’a pas le talent brut de Shunya Ito, le long métrage expose les souvenirs comme un concept déformé, les échos d’un temps révolu qui ne se revivent que par le prisme de l’imagination. Les comploteurs sont représentés tel des démons asiatiques, dénonçant une fois de plus la toxicité masculine dans un renvoi à l’Histoire et aux croyances nippones.

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La Nouvelle femme scorpion: Cachot X fait toutefois un choix étrange: celui de ne pas constamment séparer les protagonistes féminins et masculins idéologiquement, mais d’opérer une forme de réunion dans son dernier tiers. Menottée au gardien en chef de la prison qui a fauté envers ses supérieurs, Nami prend la fuite avec ce compagnon d’infortune, incapable de se délivrer de l’entrave qui les unis. Si l’idée est astucieuse en termes de mise en scène, le message qu’elle porte est contraire à la thèse que développait le film jusqu’alors. Pire, dans les ultimes secondes, Sasori fait preuve de compassion pour celui qui a été l’instigateur de la violence pendant de longues minutes. À l’évidence, hommes et femmes doivent apprendre à vivre ensemble, mais Yutaka Kohira fait de la douleur une fatalité dans cette ultime saillie. Le cinéaste ne balaye pas l’essence de son plaidoyer féministe, mais il en contrarie un peu la substance, sans que cela semble nécessaire.

Même si La Nouvelle femme scorpion: Cachot X se mord un peu la queue dans les ultimes minutes, il apparait comme l’un des meilleurs épisodes de la saga depuis le départ de Shunya Ito. La fibre profonde de la Femme Scorpion résonne à nouveau.


La Nouvelle femme scorpion: Cachot X est disponible dans le coffret intégral de la saga, disponible chez Pathé, mais il est difficile de le trouver. Une nouvelle édition est prévue prochainement chez Le Chat qui fume.

Nicolas Marquis

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