The King of Staten Island

2020

réalisé par: Judd Apatow

avec: Pete DavidsonBel PowleyRicky Velez

Plutôt qu’un véritable récit aux péripéties multiples, le cinéma c’est parfois davantage le portrait d’un ou plusieurs personnages. Là où certains sont dans l’histoire pure et dure, d’autres délimitent leurs oeuvres par les traits de caractère de leurs protagonistes. Que ce soit des hommes puissants et riches ou à l’inverse des parias, comme c’est le cas avec “The King of Staten Island”, on vit le film à travers les frasques et coups d’éclat de ses héros. Aujourd’hui, on vous propose donc de vous catapulter de l’autre côté de l’Atlantique pour vous attacher le temps d’un long-métrage au tendre looser que nous décrit le réalisateur Judd Apatow.

Scott (Pete Davidson) est un marginal qui partage son temps entre ses amis, à l’avenir de toute évidence peu reluisant, sa famille qui souffre de la disparition du père, et sa passion pour les tatouages qu’il ne maîtrise vraiment pas terriblement. Alors que sa soeur quitte la maison pour rejoindre la fac, Scott va tenter et être un peu forcé de prendre sa vie en main pour s’extirper de la voie de garage à laquelle il semble condamné.

Avec beaucoup de bienveillance et d’affection, Judd Apatow va nous livrer le portrait d’un jeune homme dans une impasse avant tout sociale. Venant d’un milieu modeste, c’est la société qui met ce personnage en marge. Scott est un véritable rat des rues par sa faute mais aussi par le contexte financier de sa famille. Le cinéaste nous dépeint là un New York qu’on a peu l’habitude de voir, loin des grands buildings. Démystifier le rêve américain semble être au coeur du film alors que les chances qui s’offrent à Scott apparaissent presque factices.

Cette idée, Judd Apatow va l’étendre à la vie affective de son héros. Dans son rapport à la famille déjà, alors que Scott, adulte, continue de s’accrocher au cocon familial. Ce héros, c’est presque un “Tanguy” mais intelligemment construit. Certes, la disparition du père pompier est un peu surfaite et probablement trop personnelle, mais elle permet de cadrer la psyché du personnage. Elle explique également le peu d’entrain de Scott pour s’ouvrir à l’amour passionnel qu’il éprouve pourtant au fond de lui pour son amie Kelsey (Bel Powley), qui n’attend qu’un pas en avant de sa part dans l’engagement. Le héros de cette histoire est construit, cohérent dans ce portrait de looser magnifique.

« Playoff Time »

L’acting assurément bon aide à admettre et à s’attacher à Scott. Pete Davidson joue une partition intelligente avec beaucoup de talent et les rôles secondaires qui gravitent autour de lui s’ajustent à cette performance. Marisa Tomei interprète une mère aimante et compatissante sans pour autant manquer d’aspérités, Maude Apatow (la fille du réalisateur) une soeur parfois saoulée mais toujours tendre, et toute la galerie que forment les amis de Scott fonctionne bien, dans une performance chorale qui donne de la cohérence là aussi au récit. Petite apparition d’ailleurs de Steve Buscemi que vos Réfracteurs aiment à la folie.

Beaucoup de finesse dans l’écriture des dialogues permet de donner vie à cette ribambelle de figures. Au premier degré, “The King of Staten Island” semble empreint d’humour et chaque réplique appuie ce sentiment. En prenant un peu de recul, certaines phrases restent en tête le temps du visionnage et offre un surplus de profondeur bienvenue à ceux qui les prononcent. Du rire au larmes en somme.

Techniquement, le film trouve de la force dans son montage qui appuie ce maillage de sentiments différents. “The King of Staten Island” change presque parfois de genre au rythme des scènes, ponctuées par une musique agréable. On se gosse devant les pics que s’envoient les amis, on s’émeut devant cette mère célibataire, on se révolte envers cette société qui broye les moins bien lotis. On vibre!

« The King of Staten Island” s’appuie également sur quelques symboles forts. On vous donne un exemple: la passion de Scott pour le tatouage. Une activité douloureuse sur le coup et qui laisse une marque indélébile sur les personnages. Est-ce qu’on ne retrouve pas là une métaphore de la disparition du père du héros? Et également la manière dont l’environnement modeste de Scott le condamne au bas de l’échelle? Peut-être un peu facile mais plutôt bien intégré.

La vraie faiblesse du film vient davantage selon nous de la résolution simpliste de l’œuvre. Judd Apatow ne se contente pas sur la fin de décrire Scott, mais il va tenter de donner un nouveau souffle à son histoire en faisant évoluer ce protagoniste. On se serait volontiers contenter du portrait pertinent de ce héros sans toute cette phase finale qu’on ne trahira pas mais qui devient d’un coup un peu “cucul la praline”,  comme on a coutume de le dire. Logique mais pas forcément utile.

The King of Staten Island” est une histoire attachante, un portrait d’un perdant pour lequel on éprouve une véritable affection malgré quelques facilités et un dernier tiers téléphoné.

Nicolas Marquis

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