Le jeu de la vérité

1961

réalisé par: Robert Hossein

avec: Robert HosseinPaul MeurisseJean-Louis Trintignant

Dans une demeure luxueuse est réuni un parterre de convives en smokings et robes de soirée. Un à un, ils défilent devant la caméra déclinant nom, adresse et profession. Une longue farandole servant d’introduction au “Jeu de la vérité” de Robert Hossein qui peut enfin commencer une fois la procession achevée. Un pur polar livré sous forme de huis-clos dans lequel le cinéaste va s’attaquer à la bourgeoisie de son époque pour en exposer les travers. Son pitch est somme toute relativement simple, une dizaine d’invités, le cadavre d’un antagoniste que tout le monde déteste et une question en suspens: qui a bien pu tuer ce personnage alors que tous semblent avoir un mobile suffisant pour commettre l’irréparable?

Le jeu de la vérité” est donc un pur film choral dans lequel on navigue de protagoniste en protagoniste sur un rythme soutenu qui donne parfois une sensation de vertige. Ce tempo, il est indispensable à maîtriser pour accomplir la mission que s’est fixée Robert Hossein et on constate malheureusement que l’effet de groupe est raté dans le long métrage. Trop de personnages apparaissent mal définis, presque semblables, et on se noie dans ce marasme jusqu’à légèrement se désintéresser du fond. “Le jeu de la vérité” perd son public en cherchant à en faire trop.

Cette personnification mal construite est aussi le fruit d’une direction d’acteurs plutôt décevante. Si comme à l’ordinaire Jean-Louis Trintignant et Paul Meurisse font leur travail efficacement, les autres ont bien du mal à exister, la faute à un scénario qui ne leur offre que peu de consistance et qui les force à tirer en longueur sur leurs monologues. C’est bien simple: on pourrait supprimer la moitié du casting que le film n’en serait pas moins altéré dans le fond. Pire, il en serait peut-être même davantage limpide.

Robert Hossein déçoit aussi dans sa réalisation remplie de gimmicks déjà kitsch à la sortie du film (1961). Ses transitions sont souvent mauvaises, comme dans ces séquences un peu ridicules où le metteur en scène utilise zoom et dézoom pour donner le vertige, ou lorsqu’il balaye rapidement la pièce pour se fixer sur un personnage. Ce n’est pas la surexploitation d’un thème musical complètement dissonant avec l’histoire du film qui va améliorer notre ressenti. Le pire, ce sont sûrement ces instants de silence à n’en pas finir où Hossein semble ne jamais avoir le bon timing. 3 secondes sans un bruit, simplement sur les mines fermées des héros, et on est apostrophés. Au bout de 15, on se demande juste ce qu’on fait là et si on a pas appuyé sur pause par inadvertance. Autant d’errances qui nous sortent du film.

« Un peu trop habillé pour une soirée pyjama »

Un constat plutôt amusant car en marge de ces instants muets, le film se fait incroyablement verbeux et indigeste dans l’écriture. “Le jeu de la vérité” est sans naturel et d’une lourdeur pachydermique dans les monologues interminables que déclament un casting pas franchement convaincu et convaincant. Hossein n’arrive pas à suggérer de l’émotion alors il va tenter de la balancer par l’intermédiaire de la bouche de ses comédiens: raté.

Alors oui, cela participe sans doute à l’une des missions du film, celle de dynamiter la petite bourgeoisie française des années 60. L’hypocrisie, la jalousie, la convoitise règnent dans la haute société qui apparaît bien basse et Hossein identifie plutôt bien les travers de son époque, mais il les restitue avec une naïveté totale. L’exécution est mauvaise, tout simplement.

Ce sentiment d’amateurisme est accentué par le nombre affolant d’incohérences qui planent sur le récit. À presque chaque rebondissement, Hossein va se faire confus et pataud jusqu’à se vautrer. Au bout de 30 minutes plus grand chose ne fait de sens dans son œuvre et seule la résolution du mystère tient en haleine jusqu’au bout. Ce sentiment de brouillon est cristallisé par le personnage qu’interprète justement Robert Hossein lui-même et qui (on ne va pas non plus vous spoiler) semble totalement bâclé et hors de propos: une vraie tâche.

Le jeu de la vérité” est un polar somme toute assez classique qui joue sur une formule connue pour capter l’attention. Malheureusement, la réalisation de Robert Hossein et le scénario en lui-même souffrent de trop nombreux défauts pour espérer la moyenne.

Spike

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