Article : Escape From The 21st Century
Escape from the 21st Century affiche

(从21世纪安全撤离)

2024

Réalisé par : Yang Li

Avec : Zhang Ruoyun, Song Yang, Wu Xiaoliang

Film fourni par Darkstar pour Blaq Out

À des milliers d’années lumière, sur une planète identique à la terre, la planète K, où les jours durent douze heures, grandissent trois adolescents turbulents de la fin des années 1990. Pao Pao, le complexé de la bande, relève le défi d’inscrire son nom en haut d’une cheminée d’usine délabrée afin de démontrer sa valeur. Le bâtiment s’effondre sur lui et son ami Wang Zha. C’est alors que, traversant la poussière sur sa moto, jaillit Chengyong, le beau gosse, celui dont le nom était déjà inscrit au sommet. Une première règle est alors établie : les personnages résistent à toutes les épreuves physiques, ils sont indestructibles. On se situe presque dans un univers de cartoon. Après cette présentation héroïque, les trois garçons se font tabasser par une bande rivale et tombent dans une eau polluée par des bidons contenant un étrange liquide. La structure du film est ainsi composée de montées et de descentes successives, de moments d’euphorie et d’accablement à un rythme effréné. Ce plongeon au milieu de substances chimiques a eu un effet étonnant : lorsqu’ils éternuent, les trois garçons se retrouvent projetés dans leurs corps d’adultes, vingt ans plus tard, en 2019.

À partir de là, les récits se divisent, se rejoignent, se séparent à nouveau, de nouveaux personnages interviennent et les enjeux sont multiples. Sur fond de complot d’entreprise, de romance tragique, de revanche, de réconciliation familiale et amicale, les aventures de ces sympathiques héros ne laissent aucun répit au spectateur. Tel un barman expérimental, le réalisateur Yang Li a pris toutes ses références, les a ajoutées à son shaker créatif et les a secouées avec pour résultat un film qui s’apparente à un énergique foutoir, pas toujours aisé à suivre mais extrêmement réjouissant. Changement de formats, match cuts, raccords dans le mouvement, noir et blanc, accélérations, ralentis, mélange d’animation et de prises de vue réelles, gags visuels, irruptions musicales, un crâne qui fume et un chat qui parle, voilà un aperçu de ce que le réalisateur propose, avec un talent incontestable pour l’art du montage. Il faut se tenir bien éveillé et revoir le film car le récit est recouvert par ce foisonnement visuel, ce qui le rend un peu confus. Cela n’entame pas le plaisir de profiter de cette débauche d’idées, de cette vitalité communicative qui animent Escape From The 21st Century. Le réalisateur confesse que c’est un manque de budget durant la production qui a donné naissance à cette surabondance d’effets, car à court de moyens pour compléter les effets spéciaux, il a fallu «compléter ce qui était inachevé».

Il ne s’agit pas seulement d’une succession de plans surexcités. Les vingt ans qui séparent les adolescents de leurs personnalités adultes se situent à deux moments cruciaux de l’histoire : quelques mois avant le nouveau millénaire – peut-être l’apocalypse dit l’un des garçons – et l’année de l’épidémie de Covid. Pour le spectateur, le futur du récit est déjà un passé. Dans une scène qui a lieu en 1999, Wang Zha fait remarquer à Chengyong qu’il n’est pas sage de boire dans la même bouteille que sa petite amie Yang Yi. Le reproche résonne à nos oreilles, il n’est pas relevé dans la diégèse. Un personnage ne se prive pas de faire des allusions au statut de fiction auquel il appartient. Ainsi, lors d’une course-poursuite, il annonce que c’est «l’heure des FX» (effets spéciaux), ce qui s’applique aussitôt à l’image. 

Malgré l’apparente volubilité de l’image, Yang Li raconte l’angoisse d’une jeunesse qui croit que tout lui est possible mais qui se retrouve dans un monde d’adultes où la désillusion a pris le pas sur l’optimisme. Et pour cause puisque l’avenir qui leur est présenté n’a rien de très enviable. Chengyong est devenu un homme de main sanguinaire à la solde d’une entreprise qui cache un trafic d’organes, Wang Zha est un photographe de presse étourdi et méprisé, et Pao Pao, l’ancien garçon mal dans sa peau, s’il se réjouit de sa transformation physique, est pétri de remords quand il découvre que Yang Yi partage désormais sa vie. Cette dernière, qui répétait autrefois que «les choses s’améliorent quand on grandit» est désormais alcoolique, désabusée et à la merci d’un truand.

Derrière son foisonnement visuel, une très grande mélancolie s’insinue dans le film. Les personnages circulent en permanence entre le monde de 1999 et celui de 2019, ils sont dans l’urgence de sauver l’espoir et l’esprit d’aventure qui les dominaient à l’adolescence, ces sentiments qui les amenaient à accomplir les hauts faits les plus idiots mais avec panache. Chengyong et Wang Zha sont tous les deux convaincus qu’il faut rester à jamais en 1999. Pao Pao, lassé d’être la risée de ses camarades à cause de son embonpoint, est le seul à ne pas regretter d’avoir pris de l’âge. Il est aussi le seul à ne pas être en rapport avec l’antagoniste du film, une dirigeante d’entreprise dont le projet est d’inséminer l’esprit des gens avec leurs personnalités d’il y a vingt ans, afin, prétend-t-elle, de donner une chance au monde de se remodeler. Cette opération, apparemment louable, cache une idée plus insidieuse, celle de maintenir les adultes dans un statut d’enfants et dans une atmosphère de nostalgie constante. Le sujet est actuel puisque la culture des années 1980 et 1990 fait son retour depuis quelques années. Yang Li n’émet pas de critique sur cette époque qui l’a construit. Contrairement à l’antagoniste qui voudrait que rien ne change, les trois garçons comprennent que tout est fugace. Quelles que soient leurs tentatives de rattraper le temps, de changer son cours, d’être en avance – à l’image des deux montres synchronisées avec une minute d’avance de Yang Yi et Chengyong – ce qui reste constant, c’est le caractère éphémère de tout lieu, de toute vie et de tout sentiment. Ainsi, lorsqu’une femme fait la liste des choses qu’elle aime pour que Wang Zha la retrouve dans le passé, il sait déjà que tout cela n’existe déjà plus. L’essentiel réside donc dans les liens qui unissent les personnages entre eux. Le sentiment de la mort plane sur ce film. La vitalité que le réalisateur insuffle à sa mise en scène apparaît alors comme le moyen de conjurer l’inexorable.

Escape from the 21st Century illu 1

Les trois adolescents sont les différentes faces d’une même figure. Yang Li le dit (source : https://theactionelite.com/interview-director-yang-li-talks-escape-from-the-21st-century/), chacun représente un aspect de sa personnalité. À l’écran, une scène consacre cette complémentarité : au cours d’une rixe, Chengyong est jeté à l’eau au milieu de liquides aux couleurs irisées. Ses deux amis sautent pour le ramener à la surface. Les trois garçons nagent, chacun suivi par une traînée de couleur, rouge, bleu et vert, comme une allusion au principe de synthèse additive qui permet de reproduire les nuances de couleurs sur les écrans de télévision, d’ordinateur ou dans la photographie numérique. 

Puisque tout doit se perdre, la seule issue se trouve dans les liens d’amour et d’amitié que l’on se crée. Pour une jeunesse inquiète, le propos du film préfère être du côté de la clarté. L’accord de ces trois personnalités résulteraient en un élément lumineux, tout comme les couleurs rouge, vert et bleu forment du blanc quand elles sont ajoutées les unes aux autres. Sans pour autant tomber dans la naïveté, une voix off exhorte à avancer ensemble, à profiter les uns des autres, à être des éléments positifs dans le monde, tandis qu’à l’arrière-plan, le soleil se couche rappelant l’issue inévitable. Le film donne raison à cette conviction puisque c’est lorsqu’ils décident de s’unir que les héros progressent. Au-delà des oppositions parfois violentes des personnages, le film porte l’amitié en valeur cardinale, et c’est la conviction indéfectible de pouvoir compter les uns sur les autres qui permet de traverser l’existence même après avoir fait l’expérience de la mort.

En Bref : 

Espace From The 21st Century se présente comme un tourbillon d’idées dans un flot d’images constant. Le film demande une attention de chaque instant. Accrochez-vous car l’expérience est payante et électrisante.

Escape From The 21st Century est disponible en combo DVD/Blu-ray, chez Blaq Out, avec en bonus : 

Escape From The 21st Century boite

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