Kids Corner: Les Mitchell contre les machines

(The Mitchells Vs. The Machines)

2021

Réalisé par: Michael Rianda

Avec: Abbi Jacobson, Danny McBride, Maya Rudolph

Il aura suffi d’une poignée de films à Phil Lord et Christopher Miller pour solidement ancrer leurs noms dans le monde de l’animation. “Tempête de boulettes géantes“, “La grande aventure Lego” ou encore “Spider-Man: New Generation”: autant de longs métrages pour lesquels le duo se fait tantôt réalisateur, tantôt producteur, et qui leur permettent d’être reconnus mondialement aujourd’hui au point d’avoir réussi à casser l’hégémonie Disney aux Oscars. S’ils ne fédèrent pas encore autant que Ghibli ou Pixar, Phil Lord et Christopher Miller peuvent compter sur une base de fans de plus en plus solide, acquise à leur humour et leur style. Les Réfracteurs dans leur ensemble sont des adeptes des deux complices et on ne cache pas notre gourmandise devant leur travail. C’est aujourd’hui à travers le prisme du Kids Corner et de l’œil de Tsuyu qu’on s’attarde sur leur dernier bonbon. 

C’est sur Netflix que reviennent aujourd’hui Lord et Miller, casquette de producteur sur la tête, pour “Les Mitchell contre les machines”, un Road-Movie échevelé en pleine apocalypse robot. On y suit la famille Mitchell, haute en couleurs et pétrie d’imperfections qui les rendent tous attachants, du couple parental aux deux enfants, en passant par le fantasque chien. Alors que la fille aînée, accro aux écrans et cinéaste en herbe, s’apprête à s’envoler pour la fac, son papa, plus proche de la nature et un peu envahissant, est désireux de réaffirmer le lien qui unit la tribu à travers un dernier périple. Un projet perturbé par la prise de pouvoir mondiale des intelligences artificielles qui plonge l’humanité dans le chaos et qui fera des Mitchell d’improbables héros.

Si “Les Mitchell contre les machines” est et restera à jamais un film de Mike Rianda, impossible de ne pas voir dans la patte graphique du long métrage l’héritage de Lord et Miller. Les producteurs ne sont pas envahissants mais ont su guider le réalisateur, dont c’est un des premiers films, vers un résultat esthétique impeccable qui tire les enseignements des précédents travaux de Lord et Miller. On y reconnaît l’aspect de “Tempête de boulettes géantes”, des éléments de stop-motion hérités de “La grande aventure Lego” ou encore le découpage très Comics de leur Spider-Man. Un foisonnement visuel de chaque instant qui s’enchaîne sur un rythme d’enfer et qui a totalement emporté Tsuyu, ne laissant pour seul temps mort que quelques instants de dialogues intimes percutants ou certains plans fixes plus traînants, habilement élaborés, et qui ont fait regretter à notre complice de ne pas avoir découvert les Mitchell sur grand écran.

Le sens de la transition de Rianda se conjugue avec un humour à toute épreuve. Parfois délicieusement potache, parfois plus référencé, il réussit à rassembler petits et grands dans un joli moment de communion familiale. Si notre Tsuyu ne peut évidemment pas comprendre du haut de ses 9 ans une référence au “Zombie” de Romero, elle a réussi à picorer ça et là des gags plus primaires grâce au débit de mitraillette du film. “Les Mitchell contre les machines” est agréable à partager.

“Aux chiottes la DeLorean”

Mais finalement, est-ce que lorsque Lord et Miller sont dans l’ombre, ce n’est pas là une sorte de service minimum? On connaît leurs forces, on les attend. Ce qui va rendre leur œuvre unique, c’est l’épaisseur qu’elle cache derrière le rire. “Les Mitchell contre les machines” réussit à aborder des thèmes importants, les traiter avec intelligence et finesse et à les rendre compréhensible pour tous. On pourrait par exemple croire que l’émancipation de l’héroïne ne parle pas à Tsuyu, et pourtant le long-métrage lui a permis de se projeter dans le futur, de s’interroger et de peser le pour et le contre. Elle s’est construite un peu plus grâce au cinéma, et sans doute nous aussi en tant que parents, interpellé par la place du père de famille qui veut partager ses passions trop ardement. Le long métrage prend des allures de conversation entre les générations.

Il faut dire que “Les Mitchell contre les machines” offre d’une part un personnage auquel s’identifier plus facilement pour les plus jeunes, le petit frère, mais également et surtout qu’il traite de sujets  de société qui sont au centre du quotidien de Tsuyu. Toute la réflexion autour d’internet se révèle d’une pertinence rare et délimite un juste milieu. Le temps d’écran est souvent le nerf de la guerre dans l’éducation moderne mais Rianda va plus loin: d’un coup, on ne parle plus simplement de limitations mais de remise en cause du contenu du web, même venant de gens influents. On a ressenti un déclic chez Tsuyu, l’étincelle de l’esprit critique qui brille, et c’est un concept essentiel à inculquer à nos enfants.

Les Mitchell ont aussi su approfondir le goût de la différence de Tsuyu. Cette famille, elle semble de prime abord semblable à une bande de losers, puis on décèle dans ces imperfections l’originalité. Tous ces personnages sont uniques et c’est cela que célèbre Rianda, cet amour de l’excentricité, l’envie de vivre hors des normes et d’assumer sa folie. Là encore, c’est une valeur capitale à transmettre pour l’épanouissement des plus jeunes: peu importe comment Tsuyu grandira, peu importe son originalité, elle sera acceptée dans ce cercle intime. Les Mitchell invitent d’ailleurs par la même occasion à la matérialisation de ses aspirations à travers l’expression artistique.

La note de Tsuyu:

Entre cascades de rire, enchantement visuel et grâce à son joli message de fond, “Les Mitchell contre les machines” envoûte totalement Tsuyu…et nous aussi!

Spike

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