Gloria

1999
Réalisé par :Sidney Lumet
Avec: Sharon Stone, Jean-Luc Figueroa, Jeremy Northam et George C Scott.
Film vu par nos propres moyens

A la fin des années 90, Lumet est en perte de vitesse au box office et les bonnes propositions se font plus rares. Comme il le dit en interview, il a besoin de travailler, ne supportant pas de ne rien faire. Quand il n’y a pas de bons scénarios, autant en choisir un qui a fait ses preuves. 

C’est ainsi qu’il se retrouve embarqué dans le remake du film Gloria de John Cassavetes sorti en 1980. Le long métrage raconte l’histoire d’une call girl et ancienne maîtresse d’un parrain de la mafia. Elle se retrouve en fuite avec le fils de sa voisine ,après le massacre de la famille du jeune garçon suite au vol d’un livre de compte appartenant à la pègre.

Lumet demande à son scénariste, Steve Antin de faire quelques modifications pour l’aider à s’emparer de ce sujet tout en l’intégrant davantage dans les années 90.

Pour incarner Gloria, c’est Sharon Stone qui est choisie. L’actrice, après le succès de Basic Instinct, essaye de faire reconnaître son talent plutôt que son physique. Suite aux encouragements de Gena Rowland , la précédente interprète du rôle avec qui elle tourne les puissants, Stone accepte le projet.

Le tournage se déroule à New York en 1997 pour une sortie en 1999. Malgré toute la bonne volonté du réalisateur et de son équipe, le film ne sera un succès ni critique, ni public.

New York, la ville de tous les dangers.

Une des bonnes idées du réalisateur, c’est l’utilisation de la ville de New York comme métaphore du danger qu’affrontent Gloria et l’enfant. C’est une ville en perpétuel mouvement que nous dépeint le réalisateur par un balayage de la caméra  illustrant l’agitation ainsi que par une foule dense arrivant de tous les côtés. Lumet n’hésite pas à fondre ses personnages dans la masse et nous propose des plans où l’objectif s’éloigne des personnages pour encore plus exagérer le fait qu’ils sont noyées dans la ville et absolument pas en sécurité, car seuls. 

Il montre également, un New York corrompu qui n’apporte aucun secours à nos personnages. La police travaille pour la mafia, le pharmacien refuse de donner le médicament pour le petit garçon sans une grosse somme d’argent et le préteur sur gage dénonce immédiatement Gloria à ses ennemis. New York, la ville qui ne dort jamais,porte très bien son nom, car notre héroïne n’a pas de répit et doit sans cesse regarder derrière son épaule. Ces idées auraient pu apporter une ambiance paranoïaque  ainsi qu’une grosse tension, mais le choix d’un montage lent ainsi qu’une musique ( ce n’est pas le meilleur travail de Howard Shore) plutôt dramatique casse le rythme du long métrage et atténue la force de cette course poursuite urbaine. Nous verrons d’ailleurs que c’est l’un peu des soucis de ce remake de Gloria. Chaque bonne idée sera systématiquement torpillée par un mauvais choix.

Gloria à la recherche d’elle même

Parlons de notre héroïne, Pour Lumet, Gloria est un personnage fragile qui refuse de ressentir ses émotions . Elle va se découvrir une conscience et ainsi renaître. C’est exactement ce que le réalisateur nous montre tout au long du film. Il commence dès les premiers instants par nous présenter l’héroïne regardant par la fenêtre dans sa cellule. Elle est montrée comme ne faisant pas partie de cette société. Elle récupère ensuite ses affaires, nous ressentons alors un malaise chez Gloria, comme si la robe qui fut autrefois la sienne n’était plus qu’un costume de théâtre. Elle se sépare d’ailleurs de différents objets de son passé, comme par exemple l’étui à cigarette offert par son amant ou bien encore sa montre de luxe. 

Dès le début, le metteur en scène nous dit que ce personnage ne se sent pas bien et semble agité. Stone a continuellement des gestes désordonnés et nerveux. Nous voyons également sur son visage une expression de colère permanente. 

Lumet continue d’appuyer le côté artificiel de Gloria, lors de la scène de ses retrouvailles avec Kevin (Jeremy Northam). Il filme ce moment comme une pièce de théâtre. Nous sommes encore une fois dans un décor froid, sans personnalisation, qui nous renvoie une image factice. Gloria place même son ex amant et ses hommes de mains sur une scène de théâtre alors qu’elle les tient en joug depuis ce qui pourrait être la place de l’orchestre. Elle se place clairement à l’extérieur de ce monde, il n’est plus le sien à présent.

C’est une femme en quête de son identité, elle sait qu’elle ne veut plus de son passé, qu’il n’est pas sa vraie nature mais elle ne la connaît pas elle-même.

Ce cheminement de pensée se traduit dans la façon dont Lumet dirige Sharon Stone. Il lui fait faire à plusieurs reprises les cent pas tout en parlant seule pour appuyer sa perdition. C’est un personnage toujours agité et tendu qui ne se fait pas confiance. Au fur à mesure du récit, et de sa relation avec le petit Nicky (Jean-Luc Figueroa) elle se positionne plus clairement sur ses désirs et écoute son instinct jusqu’au choix final qui lui donne un but plus positif 

On retrouve également dans ce personnage de Gloria, la paria qui ne rentre pas dans le système. Elle ne fait clairement pas partie de cette société et le film nous le montre en plaçant l’actrice souvent sur le seuil d’une porte, au travers d’une fenêtre ou bien encore par ses tenues qui ne correspondent pas au lieu dans lequel elle se trouve. 

Une scène marquante qui illustre ce point est le moment où Gloria se rend chez sa sœur, espérant y trouver de l’aide. Elle arrive dans un décor luxueux et sa sœur est habillée de façon guindée face à notre héroïne beaucoup plus sexy. Ces deux personnages n’appartiennent pas au même monde. La sœur de Gloria est une femme au foyer visiblement très attachée à sa réputation. Elle chasse immédiatement sa sœur, ne souhaitant pas que celle-ci contamine sa famille, en la comparant à un virus.

Encore une fois, ce thème ne fonctionne pas complémentent et le personnage nous laisse froid. Le jeu de Sharon Stone qui se contente de proposer une seule expression et de surjouer pendant pratiquement tout le film ainsi que les dialogues aussi grossiers que le personnage, rend celui-ci factice. Ce n’est pas totalement raté mais ce développement, au lieu d’être inspirant, se contente du minimum syndical pour que le spectateur reste jusqu’au bout du film sans chercher à aller plus en profondeur.

Trouver son but

Le dernier grand thème du long métrage, c’est la recherche d’un but, une raison de continuer à avancer. On sent chez Gloria beaucoup de regrets. Elle nous le dit: elle a fait sans cesse le mauvais choix, se blessant et blessant les autres par ses actes. Sa rencontre avec Nicky représente pour elle un moyen de faire quelque chose de bien. Permettre à cet enfant de survivre et l’aider à ne pas faire les mêmes erreurs qu’elle devient son but ultime. Elle est prête à mourir pour lui. Elle trouve finalement ce qui lui manquait pour avancer: une famille.

Nicky et elle sont deux orphelins en manque d’amour. Au fur et à mesure que l’histoire avance, nous les voyons apprendre à se connaître, partager leurs peines et nouer un lien fort pour finir par construire leur propre famille selon leurs règles et besoins.

C’est là que nous trouvons le plus gros problème du film. Cette relation n’est à aucun moment crédible. Gloria passe son temps à parler de façon très vulgaire à l’enfant et lui dit qu’il est un poids. Elle a toujours un ton agressif et lorsqu’elle partage des moments plus tendres avec lui, les gestes apparaissent  faux. La seule marque d’amour est la caresse de ses cheveux . Il y a aussi une scène de chatouille où Stone ne paraît pas à l’aise,comme si elle ne savait pas quoi faire. C’est totalement artificiel. Les moments de sentiments sont longs et n’apportent rien de vraiment utile au récit. 

Finalement ce lien mère / fils semble apparaître d’un coup,sans raison, et nous avons du mal à croire que Gloria se soucie vraiment de cet enfant au point de vouloir le sauver à tout prix. Cette relation est le cœur du film et elle est un échec. Nicky n’aide pas non plus: L’acteur n’est pas très bon, on a jamais de peine pour lui, surtout qu’il a l’air de se remettre plutôt rapidement de la mort de ses parents. Il n’y a pas d’émotion qui se dégage de cette relation, empêchant ainsi le public de se sentir concerné par cette échappée.

Gloria est loin d’être une catastrophe mais ce n’est pas non plus un film marquant. Bien que Lumet nous propose des thèmes et des idées de réalisations intéressantes, il ne transparaît au final aucune vraie émotion ni passion dans ce long métrage. C’est un Lumet en pilote automatique qui se contente au final de faire le minimum , ne poussant jamais loin ni ses acteurs ni les thèmes de l’histoire. C’est dommage car celle-ci aurait pu être inspirante et offrir un beau portrait de femme. Gloria est un film ainsi qu’un remake dispensable.

Film seulement disponible en dvd en import. 

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