De l’autre côté du ciel
De l'autre coté du ciel affiche

2020

(映画 えんとつ町のプペル)

Réalisé par : Yusuke Hirota

Avec : Masataka Kubota, Mana Ashida, Shinosuke Tatekawa

Film fourni par Dark Star pour Arte Éditions

Depuis plus de dix ans, Akihiro Nishino donne vie à l’univers onirique de La ville sans ciel, sur papier comme sur grand écran. Initialement star de la télévision et humoriste, l’artiste s’est mue en conteur d’histoires qui séduisent petits et grands à travers le monde. Dès 2011, l’auteur pose les premières pierres de ce monde imaginaire, et se donne corps et âme à l’élaboration d’un album illustré, durant cinq longues années. Ses héros, Lubicchi et Poupelle, naissent sous ses coups de crayons, et à travers ses mots relatant leurs aventures fantastiques dans une cité où règne l’obscurité. Bien que Akihiro Nishino rencontre une renommée internationale avec son écrit, il ne cache pas son ambition de transposer son œuvre au cinéma. En interview, il qualifie même son travail d’auteur de manifeste pour une future adaptation et c’est en 2020 que son rêve devient réalité. Collaborant avec le studio d’animation 4°C, il supervise le long métrage De l’autre côté du ciel, pour lequel il se transforme en véritable chef-d’orchestre et décisionnaire déterminé, même si la réalisation est confiée à Yusuke Hirota, bien plus au fait des contraintes techniques liées à l’élaboration d’un film. Akihiro Nishino est le rêveur, tandis que Yusuke Hirota est le faiseur. Pour 4°C, De l’autre côté du ciel constitue également un nouveau défi. Si Amer Béton, ou encore Les Enfants de la mer, ont fait de la société un bastion du septième art japonais animé, cette nouvelle œuvre est la première que le studio réalise entièrement en 3D, imposant aux équipes de réinventer leurs méthodes de travail pour magnifier le récit. Deux longues années, notamment marquées par la crise de la COVID, auront été nécessaires à l’accomplissement de cette prouesse technique, faisant de la conception de De l’autre côté du ciel une épopée artistique collective, annonciatrice de futures suites espérées par Akihiro Nishino.

Le long métrage plonge le spectateur dans les ruelles ternes de la ville sans ciel, une mégalopole industrielle aux mille cheminées, enveloppée d’une opaque fumée qui obscurcit totalement les cieux. Dans une maison de fortune, le tout jeune Lubicchi vit seul avec sa mère, depuis que son père a tragiquement disparu. Obligé d’exercer le métier de ramoneur pour subvenir aux besoins de la famille, le garçon se remémore les histoires que son aïeul narrait dans ses spectacles itinérants, affirmant l’existence d’étoiles que personne n’a jamais pu voir, là-haut dans le ciel. Certain que ces récits sont véridiques, Lubicchi est moqué par ses camarades, jusqu’au jour où une rencontre féerique bouleverse son destin. Il croise le chemin de Poupelle, un être magique fait d’amas d’ordures, curieusement vivant. Ensemble, ils tentent de prouver à tous que les astres existent bel et bien au-delà des nuages noirs qui cernent la ville.

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En épousant une certaine tradition de l’animation japonaise, parfois proche des films de Ghibli, De l’autre côté du ciel se présente comme une grande fable écologique, dans laquelle la pollution est un péril omniprésent. La représentation graphique de la ville sans ciel impose l’image d’une société qui semble avoir perdu tout ses repères, alors que les cheminées crachant de la fumée toxique sont innombrables, mais que le sol n’est lui jamais clairement montré, comme si la cité s’enfonçait à l’infini dans les entrailles de la terre, mises à nue par l’industrialisation. Le monde imaginé par Akihiro Nishino a perdu ses racines, et obscurci son horizon. L’équilibre avec les forces de la nature est en conséquence complètement rompu. Pas le moindre espace de verdure ne s’invite à l’écran, les eaux sont contaminées par les usines, et l’oxygène que respire les citadins est vicié. Ainsi, la mère de Lubicchi, incarnation de la bienveillance, la bonté et la générosité, est clouée sur une chaise roulante, souffrant de maladies respiratoires liées à l’empoisonnement de l’air. Les valeurs qu’elle portent sont corrompues par la folie des hommes qui souillent l’environnement. À plus d’un égard, l’œuvre confine à la mise en garde face à un futur menaçant, adressée aux adultes comme aux enfants.

Contre ce péril, De l’autre côté du ciel fait de ses héros des alternatives viables et constantes à ce que la plupart des autres personnages considèrent être une fatalité. De façon plus ou moins appuyée, le long métrage adjoint aux protagonistes une succession de symboles qui les érige en champions de l’écoresponsabilité. Au plus évident, en faisant de Poupelle un être constitué d’ordure, et en le privant d’absolument toute malice, le film offre aux plus petits une image positive du recyclage, leur inculquant une leçon essentielle. Prolongeant cette idée, le récit amène le sympathique humanoïde à donner lui-même une nouvelle vie aux objets que jettent les habitants de la ville sans ciel. Dans un atelier de couture, il répare les habits des ramoneurs, faisant de la récupération une alternative à la surconsommation. Néanmoins, De l’autre côté du ciel trouve une résonance plus profonde lorsqu’il devient davantage subtil, et lorsqu’il épouse une douce poésie. Ainsi, au cœur de l’infini décharge de la mégalopole, un bracelet à la signification émotionnelle particulière est caché, comme un trésor inestimable au milieu des déchets. Dans un même esprit, Poupelle et Lubicchi ne décollent pas dans les cieux en construisant un aéronef de toutes pièces, mais en récupérant l’épave d’un bateau pour en faire un vaisseau qui s’envolent dans les airs. Au-delà des évidences, la résolution de l’intrigue passe continuellement par une ôde à la sauvegarde de l’environnement, esquissée comme un doux idéal accessible aux âmes aventureuses.

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Cette vérité du film se vit également à travers le premier des rêveurs, celui qui croit à l’existence des étoiles avant tout le monde, le père de Lubicchi, créé spécialement pour le long métrage. De l’autre côté du ciel le rattache à des pratiques ancestrales japonaises, qui s’opposent à l’industrialisation à outrance de la ville sans ciel. Dans des flashbacks aux teintes plus douces que le présent du récit, le personnage solidement charpenté se dresse vaillamment face aux décors de hauts fourneaux, pour livrer un spectacle de Kamishibaï, un petit théâtre de marionnettes typiquement nippon fait de bois et de papier. Alors que les végétaux sont absents du film, le père de Lubicchi emploie des instruments issus des arbres pour partager ses histoires. Il en devient le garant de la mémoire que tous ont oubliée, que ce soit celle des étoiles ou celle de la nature. Régulièrement, le film le place sur un même plan que Poupelle. Bien que les deux personnages ne se croisent jamais, un ensemble de traits communs les réunis, avant un final qui confirme leur parenté. Ainsi, l’homme-poubelle enjoint Lubicchi a ne pas regarder vers le vide pour vaincre son vertige, à l’instar du père du héros par le passé. Les liens entre Poupelle et le jeune garçon apparaissent par ailleurs immédiats, comme peut l’être un amour filiale, et la poignée de mains amusante qui réunit les deux protagonistes témoigne d’une complicité curieusement innée. Amitié et paternité sont d’une même intensité, et toutes deux destinées à élever spirituellement Lubicchi.

Dès lors, l’idée que l’union fait la force est omniprésente, et s’impose en valeur fondamentale du film. De l’autre côté du ciel accentue cet aspect du récit en confrontant Lubicchi à une exclusion humaine particulièrement prononcée, parfois glaçante. Le héros est un paria auprès des autres enfants, avec qui il ne peut pas faire la collecte de bonbons pour Halloween, mais également déjà auprès des adultes, de par sa profession de ramoneur, montrée injustement comme le bas de l’échelle sociale de la ville sans ciel. En montrant le protagoniste travaillant au lieu de vivre des années d’insouciance enfantines légitime, le long métrage dénonce une première fois implicitement un pouvoir démesuré accordé à l’argent, avant de revenir sur cette tyrannie économique une seconde fois, beaucoup plus explicitement, dans un flashback relatant la création de la cité. De l’autre côté du ciel ne cède cependant pas au fatalisme, et il invite ses spectateurs comme ses protagonistes à se soulever face à des instances dirigeantes privilégiées. Dans le chaos d’un affrontement, le noir des ramoneurs, désireux de découvrir la vérité des étoiles, se heurte au blanc de la police et du pouvoir politique autocratique, gardien égoïste du savoir. Alors que les uns se salissent à travers leur dur labeur, les autres se drapent d’une fausse pureté, destinée à être désacralisée face à la soif de connaissance légitime du peuple.

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En découle une remise en cause de la vérité institutionnalisée, et une invitation à l’esprit critique, apte à être perçue par le jeune public, qui reste la cible privilégiée du film. Face aux mensonges que profère inlassablement le pouvoir en place, et à son contrôle totalitaire de l’information, une force décuplée est accordée aux mythes. Le père de Lubicchi a transformé la réalité pour en faire un spectacle, mais il a par là même propagé un savoir, élevé la conscience du monde, et notamment des personnages enfants, pour qui il a élaboré son spectacle de Kamishibaï. Si le héros de De l’autre côté du ciel est invité à lever la tête face à la fatalité de son existence, c’est pour mieux apercevoir ses rêves entre les noirs nuages de la ville sans ciel. Car les étoiles existent bel et bien, et Akihiro Nishino permet même à son héros de les toucher du doigt, en faisant de l’artefact qui a donné vie à Poupelle un mystérieux objet tombé des cieux. Les astres sont symbolique d’espoir, qui même au plus fort de l’obscurité peut scintiller timidement pour rappeler son existence aux plus démunis. Avec poésie, entre deux scènes d’action envolées, De l’autre côté du ciel fait des utopistes les garants d’une vérité du cœur, et incite le public à croire en ses rêves quoi qu’il en coûte, tout comme Akihiro Nishino a embrassé son destin et a su construire un monde imaginaire où l’impossible devient réalisable.

Message écologique utile, vision de la société aiguisée, force de l’espoir… De l’autre côté du ciel invite le public dans une folle aventure, et propose l’ébauche d’un univers riche qui reste à explorer.

De l’autre côté du ciel est disponible en DVD et Blu-ray chez Arte Éditions, avec en bonus : 

  • Une planche de stickers

Une édition spéciale Fnac est aussi disponible, avec en bonus : 

  • Tokuban : l’histoire et la fabrication du film
  • Taidan : conversation entre l’auteur Akihiro Nishino et le réalisateur Yusuke Hirota
  • Zikai : interview de Akihiro Nishino
  •  Un entretien avec Philippe Katerine
  • Une présentation du Kamishibaï

Spike

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Cet article a 2 commentaires

  1. Papy L.

    Coucou Spike !
    Un bisou à Tsuyu

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