Tout simplement noir

2020

de:  John WaxJean-Pascal Zadi

avec: Jean-Pascal ZadiMathieu KassovitzOmar Sy

C’est l’une des attractions annoncées de ce mois de juillet particulier pour le cinéma: depuis quelques semaines, “Tout simplement noir” jouit d’une promo hors-normes et l’attente commençait à se faire sentir autour de ce projet intriguant dans le fond et la forme. Pour célébrer la réouverture des salles, c’est aussi une des premières comédies intéressantes à sortir et on sait à quel point ce genre est capital en France. On plonge donc ensemble dans “Tout simplement noir”.

Un faux documentaire qui suit le parcours de Jean-Pascal Zadi, un acteur un peu raté, français et noir, qui multiplie les happenings de plus ou moins bon goût pour se faire connaître. Le temps du film, on va pouvoir suivre sa dernière lubie: organiser une marche de protestation des hommes noirs pour le droit à plus de reconnaissance. Il va faire appel à diverses célébrités pour faire écho à son mouvement, avec généralement peu de succès.

Le mockumentary est un genre bien particulier qui à l’instar du Found Footage montre assez vite ses limites. La forme est fortement immersive mais aussi un peu restreinte pour faire naître une véritable émotion. Heureusement, le rire lui passe toujours bien et tout spécialement dans “Tout simplement noir”, qui en faisant appel à des dizaines de vraies personnalités, toutes jouant leur propre rôle et surtout toutes faisant leur autocritique avec énormément d’autodérision, va viser juste. Tous les participants jouent le jeu et Jean-Pascal Zadi peut briller.

En mélangeant tous ces points de vue différents, le cinéaste et comédien met en évidence une pluralité de l’identité noire française. Cette marche a du mal à fédérer parce qu’aujourd’hui il existe autant de façon d’être noir qu’il y a de noirs. Jamais Zadi ne va mettre en cause la légitimité du combat pour plus de droits, bien au contraire, il va rebondir de manière particulièrement intelligente sur l’actu, mais il fait également apparaître que le repli communautaire n’a aucun sens tant il existe de différences. Toutes ces opinions contraires se confrontent, se disputent, se cognent même.

“Prise de karaté!”

Un combat forcément inscrit dans notre époque à un moment où l’actualité mondiale et l’affaire George Floyd remet la discussion sur la table. Zadi ne se sert pas de ce fait divers, la comparaison France/USA est rapidement balayée, mais il va tenter de chercher dans notre société les raisons qui peuvent amener des dérives du même genre, avec disons-le beaucoup de couilles.

Certes, Jean-Pascal Zadi en gaffeur n’est crédible que quelques secondes, jusqu’à ce que son épouse blanche pénètre dans le champ de la caméra pour lui reprocher de ne pas avoir étendu le linge, mais c’est pour être encore plus piquant et tirer du sens dans ce marasme de courants contraires. 

Ses invités sont tordants, comme Fabrice Éboué et Lucien Jean-Baptiste qui s’échappent autour de la représentation des noirs au cinéma, ou Ramzy Bédia qui tente de rapprocher religion et lutte contre le racisme. Tous ont une partition à jouer et “Tout simplement noir” leur offre un moment pour briller.

On ne peut vraiment en dévoiler plus, la bande-annonce en disait déjà beaucoup trop: le plaisir de visionnage vient aussi de l’écriture acerbe des dialogues et les teasers ont eu une fâcheuse tendance à vendre la fin des tirades. Non, on préfère plutôt vous inviter à retourner au cinéma pour découvrir une œuvre drôle, actuelle, et intelligente qui rappelle que la comédie française ne se résume pas à des films franchement limites sur les différentes ethnies qui compose la France, mais plutôt à un assemblage d’identités diverses qui sont toutes enrichissantes si on se donne la peine de s’y intéresser.

Tout simplement noir” n’a pas menti sur son contenu. Malin, drôle, pertinent, le film remplit parfaitement les cases de la comédie censée et tant mieux pour ce mois de juillet!

Spike

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