The Lobster

2015

réalisé par: Yorgos Lanthimos

avec: Colin FarrellRachel WeiszJessica Barden

Voyageons dans le temps, il y a environ 200 articles (hourra!) de cela. Collégialement et à la faveur de la fin d’une décennie nous nous étions amusés à choisir chacun individuellement nos 25 films favoris des 10 dernières années. Et bien c’est moi, vaillamment, envers et contre tous (enfin le seul quoi) qui avait mentionné le film sur lequel on papote aujourd’hui: “The Lobster” de Yorgos Lanthimos. Hors de question de me débiner, je défend aujourd’hui devant vous mon choix, n’en déplaise à mes deux comparses Réfracteurs qui partent avec un sérieux handicap, celui de n’avoir jamais vu ce bijou de long-métrage.

Dans ce conte philosophique, les êtres humains célibataires sont emmenés dans un hôtel où ils ont 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai ils sont jugés comme irrécupérable et n’ont plus d’autre choix légalement que d’être recyclés en animal de leur choix. David (Colin Farrell) est la cible du film qui va centrer son intrigue sur son parcours.

Ce qui frappe avant tout dans le cinéma de Yorgos Lanthimos, mais tout spécialement dans “The Lobster”, c’est son talent absolu pour la photo. Son esthétique est parfaite, son sens de la géométrie et des lignes d’une pureté totale. Le cinéaste allie sobriété et classe pour tutoyer la perfection. Conjuguées aux envolées baroques du thème musical, on se retrouve transporté ailleurs, dans ce monde à la fois dystopique mais aussi incroyablement proche du nôtre.

Colin Farrell déambule dans cette enfer mathématique tel un être vide, qui court après le sens de sa vie. Son interprétation en retenue et saugrenue à la fois permet à l’oeuvre de se présenter sous son meilleur jour: les deux sont indissociables l’un de l’autre et la sympathie qu’on éprouve pour son personnage est terriblement sincère, à s’en briser le coeur.

“Pépère”

Toute la réalisation de Lanthimos tend vers cette envie de sobriété, pour mieux vendre un propos semi-fantastique, et le maestro y parvient avec brio. On pourrait disserter sur le montage, l’éclairage, les décors et autres pendant des heures: “The Lobster” pue le cinéma classieux et tant mieux.

Son effroyable symétrie n’est pas que visuelle mais aussi scénaristique. Pour disséquer la pression sociale qui pèse sur un célibataire, Yorgos Lanthimos va être cruellement acide et froid. Dans une première partie, c’est une course contre la montre que vivent les gens seuls. 45 jours pour trouver un partenaire faute de quoi vous ne valez rien pour la société, avec interdiction légale de se soustraire à ce système de tri ordurier. Le symbole animalier est lui aussi puissant. Notre époque tend à croire que le propre de l’homme est le couple strict, froid, où le point commun est obligatoire alors que se nourrir des différences est si important.

Mais cette fin des libertés se retrouve aussi dans le monde des célibataires, traqués dans les bois et contraints à une vie de fuite et de clandestinité. Eux aussi sont tout aussi cruels et interdisent tout papillonnage. Si vous n’avez pas été assez bon pour trouver partenaire, vous serez condamné au célibat à vie. L’amour n’existe plus au-delà d’une certaine date de péremption dans notre société. Yorgos Lanthimos met là le doigt sur une vérité tristement connue de nous autres amateurs de septième art: “on lèche, on lâche, on lynche” disait l’autre. Passé votre moment de gloire, vous êtes condamné à l’ombre et à l’anonymat à tout jamais.

Impossible de restituer à l’écrit tout ce que le grec insuffle dans son film, le mieux est sans doute de vous laissez constater par vous-même le travail d’orfèvre qu’est “The Lobster”. Une pierre précieuse finement ciselée et constamment choyée pendant toute cette séance planante et intelligente à la fois.

Tellement intelligent qu’il devient impossible à attaquer sur le fond, “The Lobster” s’appuie en plus sur une esthétique et une interprétation froide, cruelle, et incroyablement efficace. Un “Must-see” des Réfracteurs.

Spike

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