Destination finale

(Final Destination)

2000

réalisé par: James Wong

avec: Devon SawaAli LarterKerr Smith

Aujourd’hui, on vous propose un petit jeu. Questionnez les plus cinéphiles de vos proches et posez-leur cette simple question: “Quel film affreusement con et bâclé a pourtant une place spéciale au fond de votre coeur?”. On prend le pari, dans 90% des cas ils avoueront au moins une déviance cinématographique. Les 10% restants? D’authentiques menteurs! Et attention les gars, ça c’est pas joli joli! Un plaisir coupable ça s’assume. Pire, ça se défend. Alors aujourd’hui, on prend notre courage à deux mains et on évoque “Destination finale”, une de nos plus grosses fautes de goût. Et pourtant…

L’histoire, vous la connaissez sans doute: une classe d’étudiants américains embarque pour un vol vers Paris pour un voyage scolaire, mais alors que l’appareil s’apprête à décoller, un des élèves – franchement, on ne va même pas vous gratifier de leurs prénoms et encore moins de ceux des acteurs – a une terrible vision de crash aérien. Pris de panique, lui, une poignée de ses camarades et une des profs accompagnatrices sont débarqués de l’avion. Et là vlan! La vision prophétique se réalise! Dès lors, cette bande disparate qui a échappé à la mort est traquée par la faucheuse et tous meurent à tour de rôle dans des accidents de plus en plus abracadabrantesques.

Une structure de Slasher assez classique en somme mais avec une originalité, l’invisibilité (fatalement) du tueur. Il n’y a pas de méchant dans “Destination finale” (hormis le directeur du casting…), la mort qui les poursuit est invisible et relève davantage de la fatalité. Une simple balance entre mort et vivant qui cherche à équilibrer ses plateaux.

Le film ne se perd d’ailleurs pas vraiment en explication complexe. On ne sait jamais vraiment pourquoi cet étudiant spécialement a eu sa vision: ce long-métrage est une espèce de bac à sable gigantesque dans lequel on aurait lâché des personnages affreusement idiots avec une règle simple: vous allez mourir.

“Attention les yeux, la fuite en canoe!”

Quand on vous dit qu’ils sont couillons, on est sympa. Rarement un film aura autant joué des clichés pour délivrer son message: en comparaison, “Scream” serait presque un traité de philosophie. Le beau gosse, la bimbo, le bouffon, l’intello… Tous, absolument tous les lieux communs du cinéma d’horreur du début de ce siècle sont présents dans “Destination finale”. On explose de rire lorsque l’artiste de la bande compare le personnage principal du film à une sculpture abstraite qu’elle vient de réaliser: deux bouts de tôle rouillée et un ressort géant qui forme une statue complètement hideuse.

Il faut dire qu’avec les adultes qui les entourent, on ne pouvait pas franchement élever des prix Nobel. Prenez les parents par exemple, qui à mesure que le film avance et que les cadavres s’empilent, semblent de plus en plus absents: “Hey Bobby, tu perd tous tes amis un par un? M’en fous, y a du baseball à la téloche”. Mention toute particulière à la prof descendue de l’avion qui semble vouer une haine complètement idiote envers l’élève-prophète.

Vous en voulez encore? Pas de problème, on en a sous le capot. Si les personnages sont stéréotypés en diable, leurs interactions sont ce qu’il y a de plus minable. Passons les reproches qu’essuie le sauveur de la bande et concentrons-nous sur cette portion du film où on découvre que les morts suivent l’ordre dans lequel ils auraient dû périr dans l’accident d’avion. On vous le donne dans le mille, que va faire le prochain sur la liste? Conduire à fond la caisse pour finalement stopper sa course folle sur un passage à niveau. C’est pas du courage Johnny, c’est juste de la connerie pure! L’occasion également de constater que les trains américains ne s’arrêtent pas quand ils percutent une voiture, c’est autre chose que la SNCF.

Allez, on vous met également dans le sac poubelle la musique sur trois notes qui harcèlent vos oreilles pendant 1h30 et qui est probablement le seul élément du film qui vous fera cauchemarder. Le bruit d’une fraise de dentiste aurait été plus mélodieux, foi de Réfracteurs.

Alors qu’est-ce qui nous séduit dans “Destination finale”? Et bien exactement ce qu’on vous a décrit plus haut, tout est affreusement débile, à tel point qu’au lieu de frémir dans nos fauteuils, on éprouve une joie vicieuse à voir ces crétins tomber comme des mouches. Pour ceux qui ont connu l’époque du jeu de société “Attrape-souris”, c’est un peu le même concept: on se fout totalement des règles, tout ce qu’on veut c’est voir la cascade de réactions en chaîne qui va punir les protagonistes. Une espèce de “Bip-Bip et Coyote” sanguinaire, où la bêtise la plus crasse se voit annihilée par une fatalité implacable. Oui, nous sommes vicieux et on l’assume: vous ne trouverez pas plus pacifistes que nous dans la vie, mais au cinéma, on ne peut s’empêcher de sourire lorsqu’un bon gros personnage idiot se fait laminer. C’est aussi ça les Réfracteurs, des dégénérés!

Allez y, jetez-nous des pierres, on assume parfaitement. “Destination finale” est un film affreusement idiot mais qui devient comique malgré lui (ce qu’assimileront parfaitement les suites, virant au grotesque)

Spike

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