Proxima

2019

de: Alice Winocour

avec: Eva GreenZélie BoulantMatt Dillon

La conquête spatiale a bien souvent été mise en scène au cinéma: que ce soit de pures œuvres de science-fiction ou des films réalistes, les exemples pullulent, et ce depuis des dizaines d’années. Toutefois, ce genre presque à part entière semble être le panache des américains, et il faut se creuser la tête pour trouver des long-métrages sur les astronautes venus d’ailleurs. Assez logiquement donc, lorsqu’on a découvert “Proxima”, un film français de ce style, centré sur le parcours d’une femme qui prépare son voyage vers l’espace, la curiosité des Réfracteurs a immédiatement été piquée au vif. Attardons-nous dessus le temps de quelques lignes.

L’histoire est plutôt simple: Sarah Loreau est une astronaute française qui s’apprête à s’élancer vers la Station Spatiale Internationale pour une mission d’un an. Le film nous restitue tout son entraînement préparatoire avant le décollage et les difficultés que l’héroïne va éprouver en tant que femme dans un milieu traditionnellement masculin. Mais plus que tout cela, c’est le lien avec sa jeune fille dyslexique, rompu par les circonstances exceptionnelles issues du confinement des spationautes pendant leurs entraînements, qui va être au centre de l’oeuvre. Une vie partagée entre le rêve de toujours de Sarah, et son devoir de mère.

Derrière la caméra on retrouve la réalisatrice Alice Winocour. La cinéaste va opter pour un style très sobre et épuré, à la limite du docu-fiction. Ici, pas de fioriture et peu de scènes grandiloquentes, la cinéaste file droit vers l’essentiel. On constate quand même quelques scènes contemplatives et musicales, mais leur rareté les rend encore plus poignantes. Seul problème: l’avalanche de séquences d’entraînement, fatalement un peu trop nombreuses et répétitives, qui cassent un peu le message premier du film: la femme. On a aussi noté quelques emprunts à “First Man”, mais le contexte le pardonne facilement.

Pour incarner Sarah, la réalisatrice a fait appel à Eva Green. L’actrice offre une performance assez simple et efficace, à l’instar du film, même si elle n’est pas transcendante. Clairement à la hauteur de la tâche, mais rien de plus. Son personnage évolue dans ce milieu d’hommes, loin d’être tous bienveillants, mais cette thématique féministe n’est pas vraiment le meilleur côté du long-métrage.

« Ça devient n’importe quoi le confinement »

Vous le savez sans doute, Les Réfracteurs soutiennent totalement le combat des femmes pour plus d’égalité dans une société patriarcale qui les marginalise dès lors qu’elles réclament davantage de considération. Toutefois, dans “Proxima”, on a clairement eu l’impression que ce sujet était amené bien trop brutalement. Tout ce pan de l’histoire repose presque uniquement sur un personnage secondaire, Mike Shannon (Matt Dillon), l’archétype du gros beauf texan. Devant ses réflexions gratuites, on est resté un peu circonspect. On devine que le personnage interprété par Eva Green a dû en faire deux fois plus que tout le monde pour en arriver là, mais ce cosmonaute américain qui semble prendre un malin plaisir à la titiller, alors même que l’heure est davantage à la cohésion d’équipe, est amené avec de gros sabots, sans vraie subtilité. Ce sujet là, le film le traite tout juste passablement.

Tant pis, car le cœur du film est ailleurs: dans ce lien entre mère et fille de plus en plus précaire à mesure que le départ approche. Chacune de leur côté, elles vont éprouver des difficultés dans leur parcours personnel, et privées du réconfort mutuel qu’elles s’apportent habituellement, chaque embûche devient un défi. Dans ce contexte, le style volontairement sobre du film prend tout son sens: pas d’avalanche de larmes faciles, juste une exposition tout en retenue qui donne une nouvelle dimension dans ce rapport maternel. L’aventure spatiale imminente devient secondaire et le film se concentre sur l’absence: c’est particulièrement bien exécuté.

D’autant plus que le Réfracteur Spike vous doit une confidence: il déteste les enfants au cinéma. Trop souvent utilisés pour exacerber les sentiments, la critique de leur jeu de comédiens semble toujours annexe tant le grand public se contente de sentimentalisme facile. Et bien aujourd’hui ce dogme que votre serviteur a ancré profondément en lui est ébranlé par la performance de la toute jeune Zélie Boulant, qui interprète la fille de Sarah. Excellente du début à la fin, toute en retenue elle aussi, elle plane sur la totalité du film même lorsqu’elle est absente à l’écran. Bien sûr, la réalisation aide, mais voir un enfant “voler” les scènes, comme il est coutume de dire, à des acteurs confirmés, c’est époustouflant. C’est elle qui devient l’axe autour duquel gravite le scénario. Elle est d’ailleurs la seule protagoniste de la plus belle scène du film, lorsqu’elle erre seule au milieu d’un musée de l’espace: un moment poignant sans artifice superflu. Bravo!

Une moitié du film manque de peu sa cible: le sous-texte féministe et l’overdose de scènes d’entraînement sont un peu faciles. Mais il reste le cœur du long-métrage, un rapport parental fort, qui suffit à transformer “Proxima” en belle expérience.

Spike

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