On-Gaku: Notre rock !

2020

(Ongaku)

Réalisé par: Kenji Iwaisawa

Avec: Shintarô SakamotoRen KomaiTomoya Maeno

La réouverture des salles obscures se fait sous le signe de la diversité. Action, humour, drame… Vous devriez en trouver pour tous les goûts alors que l’occasion de fêter le cinéma n’aura jamais été aussi belle qu’après ces longs mois de privation. Les films d’animation sont loin d’être en reste, entre ressorties des œuvres qui n’avaient pas fini leur exploitation et l’arrivée du phénomène “Demon Slayer” d’ores et déjà promis à un franc succès. Mais une contrepartie un peu triste accompagne cette offre pléthorique: le fameux “bouchon” de longs métrages qui s’empilaient dans l’attente de la fin du confinement sera moins épais que prévu mais aura bien lieu, de quoi craindre que certaines œuvres ne rencontrent pas leur public. C’est à nous, ceux qui aimons noircir des pages autour du 7ème art, d’assurer l’exposition médiatique des films plus confidentiels, comme c’est le cas de “On-Gaku: notre rock!” qui tente d’exister dans l’ombre des géants de l’animation japonaise. Vous auriez tort de balayer de la main la jolie proposition de Kenji Iwaisawa tant elle respire la légèreté, la joie de vivre et l’amour de la musique. On réfracte cette belle surprise pour vous.

Kenji et deux de ses amis forment un trio de lycéens délinquants un peu lunaires et décalés: concrètement, on pourrait les qualifier de branleurs au grand cœur sans trop leur faire offense. Alors que leur vie est faite d’errance, ils décident de former un groupe de rock sur un coup de tête alors qu’ils ne possèdent aucune connaissance en musique. Le résultat est fatalement un peu pathétique mais va les entraîner dans une aventure rocambolesque faite de rire et de poésie.

L’identité de “On-Gaku” se dessine (sic) avant tout dans son rendu graphique loin des standards du genre. Le film de Kenji Iwaisawa nous propose une opposition simple mais efficace entre des personnages très schématiques, encore plus que ce que l’animation japonaise propose d’habitude, et des décors beaucoup plus travaillés, convoquant des teintes pastelles et certains plans proches de l’aquarelle. D’une manière très viscérale, on s’attache rapidement à cette idée qui viendra servir de moteur inaltérable à l’œuvre. “On-Gaku” ne cherche pas à imiter pour exister, ce serait faire injure à son message de fond.

“Dans ta tronche Mozart!”

C’est cette installation qui va permettre à Kenji Iwaisawa de laisser pleinement son talent de réalisateur s’épanouir dans des scènes musicales, véritables orgies pour l’œil comme pour l’oreille. On ignore trop souvent le travail d’un cinéaste en termes d’animation pour se contenter de l’univers graphique proposé. Impossible ici de ne pas s’émerveiller pour les changements de techniques, les instants plus fluides et glissants où Iwaisawa propose un feu d’artifice de traits et de couleurs tranchant avec le reste du long métrage.

C’est aussi autour de la rythmique qu’il impose à son œuvre que Iwaisawa nous régale, un plus indéniable pour un film autour de la musique. Tempo effréné par moments que viennent d’un coup stopper des instants de silence total, laissant planer un sentiment étrange d’oisiveté, “On-Gaku” fait reposer une bonne partie de son humour, dont il ne manque pas, autour de ce jeu de vitesse haché. Étrangement, là aussi, l’affect va se tisser entre le spectateur et Kenji auquel on s’identifie aisément malgré son air de loser magnifique et loufoque.

Cette relation tient aussi sûrement au fait que Kenji et ses amis sont trois paumés totalement séduisants de naïveté. “On-Gaku” n’impose pas de grandes figures inatteignables, il préfère jouer sur des rôles cohérents et proches de nous. Ces trois anti-héros, on a envie de les choyer, de faire partie de leur groupe, on veut être l’un d’eux pour s’immerger dans leur rêverie permanente et dans leur envie de s’exprimer.

Car c’est cela que le film fait de mieux: aussi basique soit la musique de Kenji et ses comparses, elle reste un cri de créativité primaire et ça, le rock s’y prête parfaitement. “On-Gaku” encourage notre imaginaire: rêvez, existez, exprimez-vous, même si vos accords ressemblent à des bruits de casserole, même si vos coups de crayon flirtent parfois avec le fil de fer, envoyez donc se faire foutre cette société et ses conventions qui nous entravent. Pas la peine d’être le meilleur quand on est le seul!

Ce message là reste inusable, peu importe l’époque. Ce sont les artistes qui nous font nous évader de notre quotidien blafard et “On-Gaku” leur est dédié, même aux moins fameux. Derrière la persévérance, le long métrage invite aussi à prendre conscience de ce que l’art peut avoir de fédérateur. Il n’y a pas que Kenji dans le film: il y a lui, ses amis, et une galerie fournie de protagonistes secondaires qui finissent tous par adhérer à la quête du héros, à son cri musical de l’âme.

“On-Gaku, Notre Rock” est distribué par Eurozoom.

Aussi fragile que brut, aussi léger que puissant, “On-Gaku: Notre rock!” réussit une chose rare à notre époque: être unique.

Spike

Retrouvez moi sur Twitter: @RefracteursSpik

Laisser un commentaire