Free Guy

2021

Réalisé par: Shawn Levy

Avec: Ryan Reynolds, Jodie Comer, Joe Keery

Le jeu vidéo et le cinéma n’ont que très rarement engendré d’œuvre notable. On ne peut pas être catégorique sur la question: on pourrait trouver quelques contre-exemples et même des qualités au pourtant mal aimé “Silent Hill” de Christophe Gans ou au sens plus large à “eXistenZ” de David Cronenberg. Il n’en reste pas moins que la majorité des films lorgnant sur le royaume des pixels se vautre le plus souvent lamentablement, entraînant dans leur chute les attentes des spectateurs. Finalement, “Free Guy” ne sera jamais plus que le dernier long métrage en date d’une liste de rendez-vous manqués avec la sphère vidéoludique, alors que paradoxalement, les deux médias utilisent parfois le même support: l’écran de télévision.

Si on ne s’était personnellement pas trop bercé d’illusions autour de “Free Guy”, forcé de constater que le film de Shawn Levy, derrière la caméra notamment pour la trilogie de “La nuit au musée”, avait généré quelques espoirs. Déjà parce qu’il s’appuyait sur la présence de Ryan Reynolds au casting, ce qui est un argument pour certains mais on reviendra là-dessus, mais aussi parce qu’on retrouve au rôle de coscénariste Zak Penn. Un nom qui ne vous dit peut-être rien, mais qui figure au générique de blockbusters énormes comme “Avengers” ou, et c’est peut-être encore plus intéressant ici, “Ready Player One”.

Dès lors, comment expliquer que les mains qui ont su tisser un univers si attachant dans le film de Spielberg fassent preuve d’un tel manque de consistance dans la version Boomer d’un GTA que nous vomit le long métrage à la figure. Jamais on ne va s’imprégner de ce monde, s’immerger. Tout semble factice, simpliste, une vision étriquée du cinéma qui ne comprend absolument pas le monde des joueurs malgré sa drague putassière à travers une poignée de easter eggs minables et suremployés. “Free Guy” méprise son public, s’imagine que son audience s’attache d’ordinaire à des œuvres vidéoludiques aseptisées.

“Quel duo de choc, vraiment….”

Ce n’est d’ailleurs pas l’image de l’industrie qu’étale “Free Guy” qui va sembler plus cohérente. Mais qu’est venu faire Taika Waititi dans cette galère, lui qui campe un patron de boîte de jeux vidéo pris dans des querelles avec ses employés? “Free Guy” réduit tellement la moindre idée à son expression la plus primaire qu’on a l’impression d’avaler une bouillie tiédasse dans laquelle le réalisateur de “Jojo Rabbit” ne représente qu’un minuscule grain de sel.

Une simple apparition qui n’occulte en rien l’omniprésence à l’écran de Ryan Reynolds, le fameux Guy, l’intelligence artificielle du jeu vidéo qui prend conscience de sa condition et se rebelle par amour, axe par ailleurs effroyablement gênant du récit. Alors oui, la partition qui est offerte au comédien est désastreuse, rien ne fonctionne, pas la moindre ligne de dialogue à sauver, mais on ressort du film avec tout de même une question en tête: qui a décrété que Ryan Reynolds était drôle? S’il entretenait l’illusion dans deux films où l’humour flirtait avec un spectacle de Jean-Marie Bigard, longs métrages où il passe par ailleurs l’essentiel du temps avec un masque sur la figure, comment voir ici la moindre étincelle de talent comique?

On ne trouvera pas non plus son compte dans des séquences d’action sans âme et sans impact: on est ici au cœur d’une production qui joue sur la surenchère et l’étalage gratuit de CGI pas vraiment de première fraîcheur. “Free Guy”, c’est un film alimentaire, sans mauvais jeu de mots, où tout le monde semble se désintéresser de la tâche qui est la sienne et où personne ne semble vouloir initier un quelconque geste créatif. C’est facile, c’est fade, c’est prêt à mettre au micro-ondes pour un résultat complètement oubliable.

La seule chose qui subsiste de ce visionnage, c’est le sentiment d’avoir été méprisé à la fois en tant que passionné de cinéma et en tant qu’amateur occasionnel de jeux vidéos.

Spike

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