A Classic Horror Story

2021

Réalisé par: Paolo Strippoli, Roberto De Feo

Avec: Matilda Anna Ingrid Lutz, Francesco Russo, Peppino Mazzotta

Alors qu’on a coutume de dire qu’il faut “soutenir le cinéma de genre français”, forcé de constater que ces dernières années, il est bel et bien présent au premier plan. Ultime preuve, la toute récente Palme d’or qu’a reçu “Titane”. Un débat qui nous apparaît un peu creux personnellement. Du haut de nos quelques décennies, on a le sentiment que cet argument récurrent est une sorte de marronnier, un message qu’on martèle à chaque sortie alors que l’angoisse ne se porte pas trop mal dans notre pays. C’est bien plus complexe, excepté peut être en Espagne, pour nos voisins européens. Alors que Netflix sort sur sa plateforme un film d’horreur italien, la curiosité était de mise. Quel est l’identité actuelle de ce genre cinématographique au royaume de la pizza, après un certain âge d’or des années 70/80? Si on s’en tient à “A Classic Horror Story” qu’on autopsie aujourd’hui, la réponse est déprimante: presque aucune. Par son principe de base, mais aussi par pure paresse, le long métrage va se contenter d’émuler le schéma classique, justement, et s’enfermer dans une sorte de pastiche assumé mais mal maîtrisé.

Dès le pitch, vous allez comprendre que la proposition de Roberto De Feo et Paolo Strippoli joue sur les codes (principalement américains) habituels sans vraie originalité. On suit le périple de 5 personnages partis en covoiturage dans le sud de l’Italie, à bord d’un camping-car. Mais à la suite d’un malheureux accident, les héros du film vont se retrouver piégés dans une forêt où l’espace et le temps semblent perturbés par des forces maléfiques. Seule se dresse dans une clairière une bien mystérieuse cabane qui va devenir un temple de l’atrocité orchestrée par des entités occultes.

De Feo et Strippoli affirment donc avec “A Classic Horror Story” leur amour du cinéma d’horreur en jouant la carte des références surabondantes. Des clins d’œil franchement peu subtils aux cadors du genre: de Kubrick à Wes Craven, de Ari Aster à Sam Raimi (sûrement le plus évident), le long métrage connaît ses classiques et flatte le savoir des cinéphiles. Mais ce concept à ses limites assez nettes et incontournables. Profondeur de l’histoire et cohérence d’ensemble s’en trouvent chamboulées, voire annihilées.

“Le pire Airbnb.”

Bien dommage comme constat, car dans les rares instants où les réalisateurs s’affranchissent de leur démarche aux accents d’hommages, ils trouvent une certaine patte visuelle séduisante. Le cadrage n’est pas génial mais pas mauvais non plus, et la mystérieuse cabane séduit graphiquement, revêt un aspect lugubre. On aurait voulu voir De Feo et Strippoli être davantage créatifs, plus sûrs d’eux, ils en semblent même capables mais démissionnent légèrement.

Scénaristiquement, le film va également accuser le coup sur les mêmes points. Le folklore italien est intéressant, habillement remis au goût du jour et pourtant les cinéastes n’ont de cesse de se réfugier dans une grammaire éculée et mille fois éprouvée. C’est la construction même du récit, son concept une fois de plus, qui vient parasiter l’ensemble. De Feo et Strippoli sont conscients des errances du cinéma d’angoisse habituel mais les affichent quand même, comme si assumer sa filiation autorisait des erreurs grossières. On peut notamment penser à la manière dont “A Classic Horror Story” se réfugie parfois dans le gore et la torture. On confond ici horreur et dégoût.

Toujours en ce qui concerne le fond de l’histoire, il y a une question que les Réfracteurs se posent à chaque film de ce style: qu’est ce qui unit les victimes. On connait tous le paradoxe de “Vendredi 13” qui tentait de punir les jeunes adultes volages à l’écran et qui a pourtant séduit ce public sans qu’ils en saisissent le fond. Alors que nous propose-t-on ici? Il semblerait que De Feo et Strippoli tentent d’exposer 4 personnages à un carrefour de leur vie, à un croisement entre l’enfance et l’âge adulte, sur le point de franchir un cap. Intéressant d’ailleurs de proposer un quadragénaire dans le tas qui fait le chemin inverse, qui retourne vivre chez sa mère. Soit, admettons que le long-métrage théorise autour de cette problématique. Mais dans ce cas, que faire de l’héroïne principale, uniquement caractérisée par une grossesse non désirée à laquelle elle s’apprête à mettre fin sous pression de sa mère? D’un coup on se crispe: de là à voir un sous texte anti-avortement, complètement nauséabond et bas du front, il n’y a qu’un pas qu’on a peur de franchir.

Puis il y a ce cinquième personnage, un réalisateur en devenir. C’est lui qui est censé apporter une forme de mise en abyme du cinéma et une réflexion autour de l’horreur. Le souci c’est que d’une part son interprète Francesco Russo est plutôt mauvais, d’autre part le transfert des réalisateurs dans ce protagoniste pour verbaliser ce qu’ils n’arrivent pas à montrer agace fortement. Ce jeune blanc bec devrait tenir tout l’aspect “hommage assumé” de l’œuvre, mais dans son écriture et sa présence à l’écran, il n’apparait que comme un personnage omniscient terriblement désagréable.

De ce fait, toute pensée autour du monde du septième art s’écroule. Avec un tel essai, on doute franchement de la maturité et du bagage des deux metteurs en scène. Leur propos est trop léger, trop bâclé, et surtout le fruit des circonvolutions autour de l’angoisse apparaît un poil pathétique, presque le geste d’un adolescent qui aime le cinéma d’horreur sans en comprendre la force et le potentiel.

A Classic Horror Story” se contentera du service minimum, à peine de quoi effrayer un public novice. Pour les plus aguerris, la réflexion autour de l’horreur ne fonctionne pas et semble désinvolte.

Spike

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