Kids Corner: Coco

2017

de: Lee UnkrichAdrian Molina

avec: Anthony GonzalezGael García BernalBenjamin Bratt

Tous les Réfracteurs ont beau être des inconditionnels de Ghibli, on n’en reste pas moins également adeptes de Pixar (qui avait d’ailleurs rendu hommage à Miyazaki en glissant un Totoro dans “Toy Story 3”). Chacun de nous a grandi avec Woody, Buzz et tous leurs amis. Avec l’âge, la passion est restée intacte même si notre oeil critique a évolué. Les oeuvres de Pixar sont aujourd’hui pour nous de vraies gourmandises, promptes à nous ramener en enfance: de vraies “madeleines de Proust”. Mais ce qu’on voit aujourd’hui différemment, c’est aussi à quel point ces films portent des valeurs importantes: le respect et la curiosité des autres dans “Toy Story”, la persévérance dans “Cars”, la gestion de ses émotions dans “Vice-versa”, et on en passe de plus belles. À ce petit jeu, il en est un qui n’est pas en reste: “Coco”, idéal pour aborder en douceur le deuil et le souvenir mais aussi, bien qu’on l’oublie souvent, une affirmation forte de ses passions et l’invitation à aller tout au bout de ses rêves! Réfractons aujourd’hui, encore et toujours avec notre complice Tsuyu, ce film si intéressant.

Coco, c’est le nom de l’arrière-grand-mère de Miguel, le héros de ce film qui prend place au Mexique (un pays bien identifié et placé géographiquement par notre jeune acolyte, bien que son folklore lui était inconnu). Le père de cette dame âgée, un mariachi, a subitement “abandonné” sa famille alors qu’elle n’était qu’une enfant. Depuis, tous les descendants travaillent à la confection de chaussures et ont banni la musique de leur vie. Pourtant, Miguel rêve plus que tout de devenir chanteur. Le “Jour des morts”, “Día de los muertos”, une célébration spéciale au cours de laquelle les disparus peuvent rendre visite à leurs familles, l’enfant va tenter de dérober la guitare d’Ernesto de la Cruz, un célébrissime artiste qu’il prend pour le père de “Mama Coco”. En touchant l’instrument, Miguel bascule dans le monde fantasmagorique des morts et va tenter de regagner celui des vivants en retrouvant Ernesto de la Cruz avec la complicité d’Héctor, un squelette un peu roublard et lui aussi ancien guitariste.

Un univers loin d’être anxiogène: des immeubles à l’architecture improbable, pétillant de couleurs et des habitants, bien que squelettes, tous plus rigolos les uns que les autres. Pixar réussit efficacement à s’affranchir du côté un peu délicat de son sujet et aussi étrange que ce soit à dire, le monde des morts est très vivant. Une folie visuelle qui a extrêmement bien marché sur Tsuyu, ponctuée par des moments plus poétiques tout autant appréciés. Reste tout de même quelques antagonistes légèrement effrayant pour elle, mais pas de quoi faire des cauchemars.

Pour ce qui est des personnages, notre Réfractrice en herbe s’est curieusement attachée à Mama Coco presque davantage qu’à Miguel, bien qu’elle soit relativement peu présente dans l’histoire. Toutefois, le héros du film garde une bonne cote de sympathie dans son coeur. En réalité, et en creusant un peu, c’est ce que partage ces deux personnages que Tsuyu a aimé: la passion de la musique. Notre jeune complice a vibré pendant les instants musicaux, avec une mention spéciale pour la chanson entraînante “Un Poco Loco”.

Illu coco

“Tête de mort!”

Sans doute transportée par l’univers du film, Tsuyu a eu plus de mal à assimiler les mécaniques de ce monde imaginaire. Pour que les morts puissent regagner le monde des vivants, leur photo doit être placée sur un autel mais pour qu’ils ne disparaissent pas totalement du domaine des morts, quelqu’un doit se souvenir d’eux dans celui des vivants. Cette nuance qui est pourtant le moteur de l’histoire, notre jeune acolyte a eu du mal à la distinguer, confondant un peu les deux procédés.

Pourtant, ça ne l’a pas empêché de saisir les grands messages du film et les leçons que “Coco” nous invite à assimiler. L’importance de se rappeler de ceux qui nous ont quitté, des moments de bonheurs vécus avec eux et des choses qu’ils nous ont transmises: Tsuyu l’a exprimé très clairement et même transposé à son échelle, bien qu’elle se soit plutôt reconnue dans la coutume de tristesse occidentale que dans les festivités d’Amérique latine. De plus, la puissance de l’art sous toutes ses formes pour entretenir ce souvenir, ça aussi elle est parvenue à l’intégrer, même si la notion de plagiat abordé par le film semble ne pas l’avoir marquée.

L’injustice également, de la famille de Miguel qui bannit arbitrairement la musique de leur vie alors que ce jeune enfant en rêve, l’a contrariée. Elle s’est sentie fortement révoltée et a affirmé une notion simple mais qu’on partage pleinement avec elle: aller au bout de ses rêves pour vivre son existence pleinement.

Mais plus que tout, nous avons été soufflés par le pragmatisme de Tsuyu et par des notions affirmées d’elle-même, qu’énormément d’adultes ne comprennent pas forcément. Bien que de son propre aveu, notre mini-Réfractrice ne croit pas vraiment à la vie après la mort, elle nous a immédiatement clamé, et sans qu’on l’y invite particulièrement, que ceux qui font le choix d’avoir d’autres croyances doivent être respectés, peu importe leur religion. Chacun a le droit à ses rêves et à sa foi et personne ne devrait les en empêcher. La vérité sort donc parfois bien de la bouche des enfants!

“Coco” est distribué par Disney.

La note de Tsuyu:

8000

Coco” aura réellement fait passer Tsuyu par toutes les émotions, de la joie intense à la tristesse et la mélancolie. Mais cette tristesse, notre jeune collaboratrice en a tiré de vraies leçons et compris que ces émotions invitant à un léger chagrin étaient utiles pour saisir le message du film. Avec son recul habituel, elle a même su apprécier la fin douce-amère du film.

Spike

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