Les vestiges du jour

(The Remains of the Day)

1993

réalisé par: James Ivory

avec: Anthony HopkinsEmma ThompsonJohn Haycraft

Parlons des femmes et des hommes de l’ombre. Ces personnes qui derrière les jeux de pouvoir des puissants sont au service de leur maître. Bonne à tout faire, valet ou encore intendant, ils sont au plus près de l’Histoire mais l’étiquette leur interdit d’affirmer leurs idées politiques. Un état de fait encore plus important dans les années 1930 alors que l’Europe se déchire: c’est exactement dans cette période trouble que nous plonge “Les vestiges du jour”.

Une grande fresque qui retrace le destin de Mister Stevens (Anthony Hopkins) et Miss Kenton (Emma Thompson): l’un est au service de son maître depuis longtemps, l’autre débarque fraîchement dans la vaste demeure anglaise. Alors qu’une complicité naît entre eux, et que les conventions leur interdisent de transformer en amour, ils vont devoir se plier au bon vouloir de leur employeur, alors que celui-ci montre de fortes accointances avec le régime nazi qui a pris le pouvoir en Allemagne.

Un film au long court qui s’appuie sur un montage rythmé et entraînant pour mieux faire passer sa pilule. On a vite fait de bailler devant des films historiques patauds mais ici, on est entraîné dans la spirale infernale même si le long-métrage n’offre que très peu de rebondissements. Une vraie réussite de ce point de vue.

Dans le même registre, la façon dont le film mêle l’intime et la politique internationale séduit. On passe de l’un à l’autre régulièrement et les deux faces de l’oeuvre se répondent parfaitement. L’ensemble est cohérent et clair, on navigue tranquillement mais sans le temps de s’ennuyer. Le souci n’est pas dans ce mélange mais plutôt lorsqu’on s’attarde sur chacune de ces parties individuellement.

Prenons d’abord cette romance que s’interdisent les deux héros: bien évidemment, le film retranscrit la pudibonderie de l’époque et ses codes datés, mais il n’en reste pas moins une impression d’histoire affective “cucul la praline”. On exagère à l’extrême les sentiments et on a concrètement qu’une seule idée en tête: mettre un bon coup de pied au derrière de ces deux mollassons.

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La partie politique, plus prenante, n’est pas exempte de tout reproche. Le maître de maison se fourvoie alors qu’il accueille chez lui des “délégations” internationales, en entendant aider une Allemagne en reconstruction depuis sa vaste demeure anglaise. Là aussi, le film sombre un peu dans la caricature. Un sentiment complètement conforté lorsqu’on constate que la seule voix qui s’élève contre cette amitié allemande est celle du représentant américain (qui plus est joué par Christopher “Superman” Reeves). C’est trop simple, surtout lorsqu’on sait les réticences américaines à entrer en guerre à l’époque.

On assemble donc difficilement ces personnages, mais pris individuellement, leur trajectoire paraît plus logique. On admet la servilité d’Anthony Hopkins, par exemple, car dans un premier quart, le film va lui opposer son père et montrer ainsi comment cet homme a pu être élevé dans cette logique proche de l’esclavage sans jamais affirmer ses opinions.

À l’identique, on admet également le personnage d’Emma Thompson, car à travers ses coups d’éclat discrets mais réguliers transparaît un profond désaccord avec son employeur. Elle s’interdit de le dire ouvertement à l’instar de Mister Stevens, mais dans les discussions privées des deux employés se dessine une psyché rebelle camouflée par les convenances.

Cette réflexion sur la servilité est pertinente. Ces deux personnages se plient aux exigences de leur rang mais subtilement, on sent les réticences à servir un maître qui se trompe de combat. Le film trace une limite assez claire et réfléchie entre ce que l’on doit admettre ou non. Anthony Hopkins dépasse ce seuil fatidique alors qu’Emma Thompson s’y arrête juste à temps: un état des lieux de l’époque pertinent.

On ne peut pas élever “Les vestiges du jour” au rang de classique mais on ne saurait non plus lui retirer ses qualités de réflexion. Un film à découvrir si l’opportunité se présente sans nécessairement courir après.

Nicolas Marquis

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