The Mandalorian (Saison 1)

2019

créée par: Jon Favreau

avec: Pedro PascalCarl WeathersGina Carano

À l’époque, tout le monde voulait être Boba Fett. On vous parle d’une ère qui date d’avant l’épisode I, excusez nos âges. Des temps passés où l’on s’affrontait dans la cour de récré, côté obscur et lumineux face à face dans une guerre interminable de cris d’enfants et d’imitations de bruits de laser, Rebelles et Empire éternellement opposés. C’était imparable! Son jetpack dans le dos, son armure, son lance-flammes: tout séduisait chez le premier mandalorien apparu sur grand écran. Malgré une prélogie qui lui a inventé un passé un peu saugrenu, la côte d’amour pour le chasseur de prime ne désemplit pas. Avec beaucoup d’opportunisme mais sans être dénué de talent pour autant, c’est presque logique de voir Disney mettre en scène un autre mandalorien assez similaire dans la première série en prises de vues réelles estampillée “Star Wars”. On se pose dans la cantina de Mos Eisley et on réfracte “The Mandalorian” saison 1, alors que la deuxième se profile!

Dans cette nouvelle itération de la franchise Star Wars se situant après l’épisode VI, on suit le parcours d’un mandalorien (joué par Pedro Pascal) qu’on surnommera “Mando” à l’instar de la plupart des protagonistes de la série. Alors que le chasseur de primes enchaîne les jobs avec classe et aisance, il va se retrouver face à un choix cornélien. Accomplir sa mission et livrer un enfant aux faux airs de Yoda à des troupes restantes de l’Empire ou prendre la fuite pour protéger le morveux extraterrestre. Bien évidemment, malgré son apparence dure et froide, Mando va opter pour la deuxième solution et s’embarquer pour une folle escapade avec bébé Yoda.

Ce caractère taciturne au grand coeur de “Mando”, il n’est pas innocent. À l’évidence, la série s’inspire des grands westerns du 20ème siècle et on retrouve chez Pedro Pascal (toujours coiffé de son casque) des traits de caractère proche de ceux des cowboys que jouait Clint Eastwood, les clins-d’oeil à Sergio Leone aidant. Une cantina sombre, des duels au blaster, une chasse à l’homme dans un désert aride, une musique très marquée… Disney invente une espèce de Space-Western tout à fait digeste qui renoue avec l’esprit des premiers films.

The Mandalorian” va même se permettre un énorme clin d’oeil au “Sept samouraïs” de Kurosawa (dont on vous parlait ici) au détour d’un épisode où Mando défend un village et entraîne ses habitants. C’est peut-être rien mais lorsqu’on sait que George Lucas s’est toujours farouchement décrit comme un adepte du maître japonais, on comprend que le showrunner Jon Favreau cherche une certaine filiation dans la forme.

“La classe de l’espace.”

Et force est de constater que “The Mandalorian” s’insère parfaitement bien dans l’univers créé par Lucas sans vraiment forcer, simplement en utilisant quelques éléments (un soupçon de Force, des races extraterrestres, des gadgets…) mais sans jamais partir dans une démesure totale des enjeux qui contredirait les films. La série se suffit à elle-même et c’est déjà très satisfaisant.

Ça n’empêche pas l’oeuvre de creuser quelques éléments de Background intéressants. Rarement les mandaloriens ont vu leur histoire développée: la série répare cette erreur avec quelques petites touches intelligentes. Le credo qu’adopte chaque mandalorien est cohérent dans l’univers de Star Wars, il apporte un peu de fond à l’univers.

Les personnages secondaires sont sûrement un peu plus faciles. Quelques uns sont intéressants, comme la mercenaire qui aide Mando dans le fameux épisode hommage à Kurosawa, d’autres virent un peu plus à la prise d’otage émotionnelle. Évidemment que bébé Yoda est adorable, mais comme moteur de l’intrigue c’est un peu simpliste, surtout venu d’une firme qui imposait “bébé Groot” quelques mois plus tôt. Mais admettons.

Par des visuels très cinématographiques, sans grande débauche gratuite mais toujours classieux, simplement en offrant de larges panoramas sur des paysages plutôt bien rendus, la série apparaît comme un pont entre télévision et cinéma. À l’évidence, le budget est colossal mais on a le sentiment que l’argent est plutôt bien dépensé dans “The Mandalorian” grâce à sa photo qui en met plein la vue.

L’intelligence de la série vient probablement du fait qu’elle se réinvente régulièrement. Déjà dans sa durée: chaque épisode est plus ou moins libre du temps qu’il occupe, un des avantages de la SVOD. Mais surtout dans la structure narrative de chaque épisode, où l’on change fréquemment de dogme et où les enjeux sont différents à chaque fois, “The Mandalorian” trouve du rebond: ici une évasion à organiser, là un tueur à débusquer, ou encore un vaisseau à réparer… À chaque session ses propres aventures, tissant tout de même un fil clair dans l’intrigue générale.

8000 sc

Mando est un cowboy de l’espace. Quoi de plus cool franchement? Mais derrière cette vérité se cache aussi un travail de scénario et de pré-production assez fouillé à la hauteur de la licence, contrairement aux derniers films.

Spike

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