Run

2020

de: Vicky Jones

avec: Merritt WeverDomhnall Gleeson, Rich Sommer

C’était la principale arme humoristique de HBO depuis 7 semaines et un vrai petit événement: “Run” c’est finalement conclu cette semaine. Loué pour sa forme et son fond, chacun traité de manières différentes des cadors du genre, la série a tenu la plupart de ses promesses. Mais est-ce suffisant?

Les péripéties de deux anciens amants d’université, le riche coach de vie Billy (Domhnall Gleeson) et la dévouée mère de famille Ruby (Merritt Wever). Ils se sont promis de sauter dans le premier train au départ de New York pour s’échapper une semaine entière de leurs quotidiens et se retrouver s’ils s’envoyaient par message ces trois simples lettres: « Run ».

Une mécanique toute en fuite qui fonctionne franchement bien. Dans son apparence, la série est rythmée, toujours en mouvement, chaque fois un rebondissement pour relancer la machine: on avance volontiers pour en savoir davantage. Peut-être même de manière un peu trop dirigiste, avec parfois l’impression que l’on sait exactement où l’on veut nous faire avancer.

Mais ce sentiment qu’on pourrait également qualifier de “parenthèse sans émotion” tient également à la nature du récit. Si nos deux protagonistes principaux s’engagent sur une voie de garage, s’ils mettent eux-mêmes leur vie sur pause, il convient d’accepter cette narration et cette quête vaine.

Ajoutez à ça un rire plutôt fin, assez loin des comédies tarte à la crème et davantage dans l’esprit de “Fleabag” qui partage une productrice (entre autres) avec “Run”. Le pacte qu’ont formé les deux héros fonctionne. Il apporte du ludisme, une mécanique en mouvement, comme la course échevelée des deux personnages en manque de reconnaissance.

Ces deux protagonistes sont d’ailleurs parfaitement castés: Domhnall Gleeson continue d’impressionner dans sa carrière et offre un personnage de gentleman complètement factice assez cohérent, là où Merritt Wever nous semble plus ancrée dans le quotidien, presque évidente.

« Pas la porte des toilettes »

Mais ces deux personnages sont-ils égaux? On s’est franchement posé la question. Si Ruby rappellera à chacun (et surtout chacune) l’enfer du quotidien, Billy est lui plus extravagant, dépassant même du cadre de la cohérence.

Ce que l’on veut dire, c’est que l’enfer marital, le choix cornélien entre romance et sécurité, et le dilemme parental, c’est Ruby qui le porte. La série est mieux installée dans un quotidien féminin que masculin. Tout le processus d’identification se fait bien davantage sur ce premier rôle de femme qu’à l’équilibre entre les deux.

Mais est-ce vraiment si grave? Combien de séries font l’erreur totalement inverse, celle de propulser quasi uniquement des héros bien masculins pour marginaliser la femme. On ne va pas chialer si pour une fois c’est une nana qui tient la dragée haute à un mec, surtout quand le tandem est aussi alléchant.

En découle tout de même une fin en demi-teinte, uniquement à moitié accomplie. Très ouverte de nature, elle a de quoi décevoir: le sentiment qu’elle tente de faire naître ne fonctionne pas complètement et conclue de manière peu satisfaisante une série si prenante. Bien amenée et cohérente malgré tout, elle impose une forme de versatilité chez Billy et Ruby assez dérangeante.

6000

Le périple vaut la peine d’être vécu, et il y a quelque chose dans le rythme qui fonctionne efficacement avec “Run”. Pas de quoi révolutionner le petit écran, mais une chouette parenthèse.

Spike

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Cet article a 2 commentaires

  1. Eden Memories

    Je suis d’accord, moi aussi j’ai eu un avis en demi teinte sur la série. Le personnage de Ruby est très réaliste, presque douloureusement par moment, enfermée dans ses différents rôles dont cette fuite pourrait être vraiment libératrice, à l’inverse le personnage masculin est assez cliché, presque fantasmée qui m’a rappelé le personnage de Tom Cruise dans Magnolia. Même si on devine une certaine douleur derrière cette insensibilité. Mais je pense, pareillement, que c’est dû aux rebondissements assez attendus effectivement.

    1. Spike

      Hey, merci de ton retour.
      Oracle m’a épauler grandement sur ce papier de mémoire (ça remonte héhé).
      J’ai vraiment eu l’impression d’une série porté par son concept mais qui a du mal à déroulé le reste. Peut être du matériel pour un bon film, mais trop étirer pour une série.
      Maiss je fais vraiment appel à ma mémoire, je l’ai vu il y a plusieurs années maintenant.

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