Ozark (Saison 3)

de: Bill DubuqueMark Williams

avec: Jason BatemanLaura LinneySofia Hublitz

Stop ! Arrêtez les chronomètres ! Au terme d’un binge épique, nous voilà enfin arrivés au moment de vous livrer notre avis sur la dernière saison en date de “Ozark”. L’occasion avant tout de vous renvoyer vers nos critiques de la première et de la deuxième partie, et de répondre à la question qui nous brûlait les lèvres depuis: cette troisième saison comble-t-elle les attentes que nous avions en elle? Inutile de tergiverser: cette ultime balade (pour l’instant) dans le Mississippi rural de la série Netflix est un succès total, dépassant de loin les deux premières.

Visuellement pourtant, notre première impression ne laissait pas augurer du meilleur: “Ozark” revient à cette utilisation de la couleur bleu à outrance qui avait déjà entaché la première saison, d’une manière extrêmement lourde. Tant pis, il va falloir faire avec et voir au-delà de cet écueil de réalisation, l’un des seuls.

Car en effet, en ce qui concerne la mise en scène, la série redouble d’ingéniosité. Jouant régulièrement avec sa structure narrative et n’hésitant pas à varier les styles, chaque épisode est une proposition différente, une manière supplémentaire de creuser un peu plus l’intimité de la famille Byrde, au bord de l’implosion.

En les faisant propriétaires du casino qu’ils avaient construit lors de la deuxième saison, la série trouve un nouveau souffle. Là où la mise en place de ce projet nous avait parfois ennuyé, la gestion de cette entreprise servant de vitrine au blanchiment d’argent est bien plus efficace. Tout ce qu’entreprend la famille Byrde est semblable à un château de cartes qui s’écroulerait et que nos héros tenteraient désespérément de reconstruire à chaque embûche.

Ce casino, c’est l’occasion d’apporter une nouvelle dimension à un personnage : Ruth Langmore (Julia Garner) qui pourtant partait de loin dans notre estime. Si vous vous rappelez notre avis sur la première saison, vous vous étiez sans doute aperçus que le traitement caricatural de la famille de Rednecks nous avait laissé perplexe. Si la deuxième saison amorçait déjà une transition pour ce protagoniste, son aboutissement dans cette troisième partie est presque parfaitement réussie: Ruth est froide, sans pitié, toujours avec son franc parler et son accent traînant. Elle déambule dans le casino dont elle gère le quotidien pour les Byrdes comme une vrai patronne: une stature nouvelle. On regrettera simplement que l’écriture du reste des campagnards soit toujours un peu étrange, voir inaboutie. Au moins, la série choisit de les laisser plus en retrait qu’avant, un parti pris salvateur.

« Démerde toi Oudini! »

Cette place faite aux femmes, on peut l’étendre à l’ensemble des personnages féminins. En premier lieu, évoquons l’avocate du cartel qui conserve sa mainmise sur les Byrdes. Elle aussi, froide et tranchante comme une lame de couteau, oscille entre confidente et antagoniste de la famille de Jason Bateman, prête à sévir à tout moment.

Mais là où on ne peut qu’applaudir, c’est dans le traitement de Wendy (Laura Linney), la mère de la famille Byrde. Que de chemin parcouru pour celle que l’on avait tant détesté au commencement de la série. Devenue une véritable dominatrice, elle multiplie les risques pour asseoir sa domination. Même si on sent venir quelques dénouements, elle est un tel véritable Icare qui s’approche trop près du soleil.

Son background va être étoffé par l’arrivée inopinée de son frère dans les Ozarks. Véritable élément perturbateur, cet homme bipolaire va constituer un nouvel obstacle pour les Byrdes, mais aussi offrir plus d’ampleur à Wendy. En évoluant régulièrement autour de lui, la série permet de donner davantage de cohérence à la famille, apportant de la même manière plus de profondeur aux enfants.

Mais enfin et surtout, le caractère nouveau (et justifié) de Marty, le père, nous a régalé. Jason Bateman, pourtant moins mis en avant que dans les saisons précédentes, joue parfaitement sa partition. Calculateur et surtout presque cynique dans son absence d’émotion à de nombreux moments clés, son personnage plane sur toute la série. Chacun de ses plans, réussis ou non, donne régulièrement du souffle à une série qui s’épanouit au fil du temps. 

En filigrane de la saison, son jeu du chat et de la souris avec la nouvelle agent du FBI qui enquête sur le casino, bien mieux écrite que ses prédécesseurs, est jouissif. Cette figure d’autorité renouvelée est comme une épée de Damoclès que Marty va tenter de saisir pour la retourner contre les agents fédéraux. Le tout avec une cohérence dans l’élaboration du scénario qui force le respect.

8000

Encore un bond en avant pour la série: toujours plus embourbée dans le crime, les frasques de la famille Byrde sont comme un plaisir vicieux où le spectateur est presque un enfant cruel torturant des fourmis. Plutôt que de trépigner d’impatience pour une saison 4, souhaitons qu’une fois de plus les scénaristes prennent le temps de pousser encore plus loin la série pour dépasser encore les limites.

Spike

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